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Jean C. Baudet

Pourquoi j'aime tant les ingenieurs

21 Septembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ingénieur

J'ai publié trois livres consacrés à la profession d'ingénieur : "Les ingénieurs belges" (APPS, Bruxelles, 1986), "Introduction à l'histoire des ingénieurs" (APPS, 1987), et tout récemment "Les plus grands ingénieurs belges" (La Boîte à Pandore, Paris, 2014).

J'utilise le mot "ingénieur" non pour désigner, dans un sens juridico-administratif, les porteurs d'un diplôme d'ingénieur, mais pour noter un concept en éditologie. Le concept de STI (science-technique-industrie) implique trois concepts sociologiques dérivés, qui sont 1° les acteurs de la science (les "savants innovateurs", les "chercheurs qui ont trouvé"...), 2° les acteurs de la technique (les "ingénieurs"), 3° les acteurs de l'industrie (les "entrepreneurs", ou mieux les "patrons" pour tenir compte de l'analyse marxiste). L'ingénieur, au sens où je l'entends, est ainsi un double interface, épistémologique (entre la science et l'industrie, d'où l'expression commune de "sciences appliquées") et sociologique (entre le patronat et la classe ouvrière).

On notera d'ailleurs que les deux plus grands ingénieurs belges, qui ont véritablement "changé le monde", sont Lenoir (l'automobile) et Gramme (les courants électriques de forte intensité), et qu'ils n'avaient aucun diplôme. Mais il faut tempérer cette remarque. C'était des inventeurs du XIXe siècle, au tout début de la transformation de la technique en technologie. Aujourd'hui il paraît impossible, dans n'importe quel domaine de la STI, de faire une avancée significative, sans une formation scientifique suffisante.

L'idée que l'ingénieur est au centre de la STI et qu'il est "actif" a d'intéressantes conséquences éthiques. Dans une société avancée, les ingénieurs doivent organiser la production et la distribution des biens et services indispensables pour répondre aux besoins humains, et "répondre aux besoins humains" est l'acte éthique par excellence. Dans une société en régression (par exemple la France de François Hollande), la formation d'ingénieurs est remplacée par la formation d'experts en communication : les producteurs cèdent la place aux néo-sachems, aux néo-chamanes et aux prophètes du "tout ira mieux en augmentant le pouvoir d'achat et en diminuant le temps de travail".

L'ingénieur, héros éthique ? Oui. Et que l'on ne vienne pas me parler, avec des larmes dans les yeux, de la pollution ! Car pour lutter contre la pollution par les usines, il n'y a qu'un moyen : faire construire, par des ingénieurs, des.. usines de dépollution.

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Daniel Pisters 22/09/2014 11:59

"Aujourd'hui il paraît impossible, dans n'importe quel domaine de la STI, de faire une avancée significative, sans une formation scientifique suffisante."

Oui, c'est absolument vrai, c'est une règle mais je ne suis pas sûr qu'elle ne souffre aucune exception. Mais si l'on devait tout le temps avoir peur des exceptions, on ne ferait jamais de règle, de compas donc pas de géométrie et pas d'ingénieurs!

Je ne suis que l'héritier de grands précurseurs en informatique comme Alan Turing, John von Neumann (qui me parait moins sympathique que le précédent), Edsger Wybe Dijkstra pour ne citer que les plus récents parmi les plus éminents. Je ne choie pas le terme "ingénieur" auquel vous apportez d'ailleurs une définition nouvelle. Je ne m'ingénie pas à faire ceci ou cela. Je me contente d'être un génie. Oui, je sais: c'est petit, c'est mesquin et c'est bête. Comme la plupart des gens, j'ouvre un peu trop ma gueule pour ce que Je Suis.

"L'idée que l'ingénieur est au centre de la STI et qu'il est "actif" a d'intéressantes conséquences éthiques."

C'est absolument vrai aussi. L'obsession du profit pour le profit (Monsieur Mital-Métal) mène à d'étranges aberrations comme les spirales de la crise, les serpents qui se mordent la queue, les cercles vicieux. Il me semble qu'un peu plus d'éthique, de respect des utilisateurs/consommateurs et des collaborateurs/coproducteurs (même (sinon surtout diraient d'autres, à tort ou à raison) à l'échelle du plus simple ouvrier) pourrait rendre le monde moins inconfortable.

Hélas, les ouvriers sont remplacés par des robots,
Les programmeurs par des générateurs de programmes,
Les concepteurs de générateur de programmes (qui ne sont toujours que des programmeurs)
par des méta-logiciels s’auto-modifiant en fonction de leur degré d’intelligence artificielle.
Les ingénieurs, dans l’acceptation traditionnelle du terme, n’ont plus aucune place dans tout cela
Et ils font la maladie de leur obsolescence
Alors que les nouvelles technologies
Font celle de leur adolescence.

De vos « ingénieurs », il ne reste déjà plus que le mot.
Ils n’ont plus aucun sens.
C’est un concept mort
Que même l’urgentiste Jean C. Baudet
Ne pourra plus jamais réanimer.

Autant souffler dans un pot d’argile
Pour en faire un Golem.

Telle est la cruelle réalité :
A peine avez-vous forgé un beau concept
Comme celui de la STI,
Qu’il est mort-né.

Le processus d’intelligence artificielle
Qui déclasse les ingénieurs,
Les envoie à la casse
Comme des robots trop rudimentaires
Des insectes qui, retournés sur leur carapace,
Agitent les pattes en l’air
Sans pouvoir se redresser,
Peut se substituer
Au couple Producteur/Consommateur
Et se consommer dans son autoproduction.

Mais ce n’est pas vraiment ainsi
Que je vois l’avenir.
Mahomet non plus.

Quant au Christ
Bon…

XXX

Les prophéties
Sont le pillage
De l’avenir

Elles le ruinent
Avant qu’il ne le fasse lui-même
Et elles ne lui rendent rien
De ce qu’elles lui ont pris.

Nostradamus
Est finalement
Le moins incroyable
Car il nous a laissé voir
Ses erreurs.

Nostradamus
Est falsifiable
Et donc conforme
A l’épreuve du jugement de Popper
Un pope, un pape
Qui le fut sans en avoir l’air.

XXX

Les machines ne sont pas génératrice d’éthique :
Heureusement :
Ce serait la meilleure technique
Au service de la pire imposture !

Leur intelligence en pleine croissance
Echappe déjà aux contrôles
Des ingénieurs-concepteurs.

Cette intelligence aura nécessairement besoin
D’idiote, d’imbéciles et de débiles
Selon la classification exquise de Simon/Binet
Et de poéticules selon celle de Jean C. Baudet.

Comme un sein a besoin
D’un bébé pour accomplir sa fonction
De nourrir.

Ce sein sera un biberon,
Et même un faux biberon.

Il n’y aura plus rien de vrai.

Mais peu importe :

Buvez du lait,
Lisez Jean Baudet !