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Jean C. Baudet

Qu'est-ce que la philosophie ?

25 Septembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Moi

La philosophie est la recherche du bonheur. L'homme-fondateur-de-la-philosophie, dans sa naïveté primitive, possède au moins deux idées, encore confuses, celle de son existence (son Moi) et celle de la souffrance (le non-Moi, le Monde d'où viennent les douleurs). C'est dire que le Moi et le Monde sont intrinsèquement liés dans le développement de la conscience qui mènera au projet philosophique. La dualité du Moi et du non-Moi est la source de la conscience, et le désir (de souffrir moins) est le moteur de la recherche que nous appelons "philosophie". Si nous acceptons la tradition universitaire, nous situons cet avènement de la pensée philosophique (autocentrée et disposant à l'action : que dois-je "faire" pour être heureux ?) au temps de Thalès de Milet, il y a 2 600 ans. Mais ce commencement est reproduit, revécu, par chaque philosophe authentique, qui ne se soucie pas d'abstractions comme "le bonheur de l'Humanité" ou "l'avenir du genre humain", mais qui cherche dans la déréliction et l'angoisse à adoucir son destin.

La philosophie est donc d'abord découverte du Moi (et du non-Moi, inséparablement), et le "cogito" cartésien n'est qu'une répétition (magnifiée par l'admiration scolaire confondant philosophie et littérature) de cette épiphanie du Moi à la conscience. En termes historiques ou sociologiques, la naissance de la philosophie est ainsi l'avènement de l'individualisme, la sortie du tribalisme, la rupture conscientisée du lien social, le rejet des traditions de l'ère mythique. Car le mythe naît chez l'homme membre d'une horde, quand la philosophie naît chez l'homme solitaire, ayant éprouvé la solitude dans l'expérience de la douleur. Le mythe est un discours qui s'adresse au public de la tribu, quand la philosophie est un discours qui s'adresse au(x) philosophe(s).

En termes psychologiques, c'est-à-dire biochimiques (maturation du SNC, développement du système endocrinien...), la prise de conscience du Moi correspond à la crise de l'adolescence.

La dualité du Moi et du Monde détermine aussi (et limite) les moyens du philosophe pour accomplir son œuvre : la réflexion, qui naît en Moi (le "logos" des Grecs, la "ratio" des Romains, peut-être la "Vernunft" de Kant), et l'observation, dirigée vers le Monde.

Le truchement permettant de passer de Moi au Monde (de la réflexion à l'observation) se développe dans le langage, au risque permanent de prendre les mots pour des choses (poésie) ou les choses pour des mots (religion). L'invention du langage, qui conduit au mythe avant de permettre la naissance de la philosophie (on pense avec des mots), est comme la crise d'adolescence de l'Humanité.

L'homme libre, c'est-à-dire libéré, s'est débarrassé des pesanteurs de la tribu (les rites, le sacré, les morales) et des lourdeurs des mots de la tribu (les mythes, l'autre-Monde, les religions), pour se retrouver seul, disposant de la réflexion, de l'observation et d'un vaste vocabulaire, pour découvrir qu'il est le résultat mystérieux d'un passé qu'il subit et qu'il est condamné à poursuivre son existence et sa recherche plus ou moins lucide du bonheur dans un futur qu'il ignore.

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Daniel Pisters 25/09/2014 12:22

"au risque permanent de prendre les mots pour des choses (poésie) ou les choses pour des mots (religion)." Du pur Baudet, à boire comme du lait!
Mais les mots sont des choses. Passons.
Vous avez bien évolué, car vous avez pris vos distances (selon mes indications peut-être) vis-à-vis du cogito cartésien, monumentalement erroné (en référence au jeu de mot pervers de Prevers).
Le moi ne souffre pas que du monde, mais de lui-même. L'angoisse de la séparation peut précéder la prise de conscience du monde et le parcours philosophique est une boucle qui va de la séparation douloureuse de soi-même à cause du monde à la séparation douloureuse de soi-même à cause de soi en passant par la séparation douloureuse du monde à cause de soi.
Je suis donc encore plus pessimiste que vous: l'enfer c'est les autres, certes, mais il nous divertit de l'enfer de soi.