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Jean C. Baudet

Jacques Delga et l'immoralite

5 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ethique

Les éditions L'Harmattan (Paris) viennent de publier un livre bien intéressant, intitulé "De l'immoralité ou de la difficulté d'approche de la morale humaine" (259 pages). Jacques Delga, juriste spécialiste du droit de l'entreprise, s'est entouré d'une demi-douzaine de représentants des "sciences humaines", pour composer un ouvrage forcément quelque peu disparate, mais où l'on trouvera d'utiles réflexions sur la morale, en effet "difficile".

Un livre très utile, souvent plus concret (l'avocat sans scrupule, la pénalisation de la prostitution...) que philosophique, destiné à ceux qui rêvent de morale et qui sombrent trop souvent dans le moralisme gnan-gnan de la Pensée Unique...

Au fait, la morale, rebaptisée éthique (mais cela n'y change rien), est-elle seulement possible ? Depuis l'analyse de la généalogie de la morale par Nietzsche et ses continuateurs, nous avons compris son impossibilité. Car une morale ne peut s'imposer universellement que si elle est universelle, c'est-à-dire si elle découle d'un "impératif catégorique" qui s'impose absolument, et qui n'est pas le simple effet d'une pression sociale de valeur évidemment relative. La morale absolue doit être la conséquence d'une ontologie absolue, et comme les philosophes sont encore loin d'avoir atteint la certitude ontologique, les conséquences éthiques de l'Être s'écroulent avec le "voilement de l'Être" pour parler comme Heidegger. Si l'homme est un être "sacré", il faut condamner le meurtre. Mais si la sacralisation de l'humain est un fantasme, à partir de quoi prétendre "tu ne tueras point" ?

Et pourtant, il faut bien vivre, en société, et donc il faut des règles pour "vivre ensemble". Ainsi, si une éthique transcendante est impossible, une éthique "pragmatique" est nécessaire. On sait qu'un Sartre, notamment, a tenté de construire une telle morale sans transcendance (sans essence humaine...), et qu'il est retombé dans la tradition compassionnelle et sentimentale qui va des prophètes juifs de l'Ancien Testament à leurs héritiers du socialisme.

Ayant renoncé à l'Absolu absolu, je trouve un Absolu relatif dans l'examen critique de l'évolution de la Pensée, cet absolu étant le complexe STI (science-technique-industrie), qui relie fortement la raison du Moi à la spontanéité exubérante du non-Moi (le Monde, et l'Être aussi bien). Car en cinq mille ans de pensée (depuis l'invention de l'écriture), seule la STI offre des possibilités de consensus universel, ce qui ne constitue pas un absolument absolu, mais au moins un absolu opérationnel. Il est banal de dire que 7 milliards de personnes fort diverses culturellement (la culture est la non-STI) utilisent ou envisagent d'utiliser un téléphone portatif ou un vélocipède, qui sont des réalisations (des passages du réel décrit au réel construit) de la STI. On ne trouve un tel consensus dans aucun domaine de la culture (choix politique, religion, musique, etc.). Certains me rétorqueront que c'est dérisoire, que ce sont des "gadgets". Ah bon, c'est "dérisoire" de permettre aux hommes de boire (pompes) et de manger, de se déplacer et de communiquer ?

Les "hommes de bonne volonté" qui doivent construire l'éthique relative de demain n'ont pas d'autre point de départ indiscutable que le noyau dur de la STI : "on n'a rien pour rien". Il faut choisir entre une nouvelle Renaissance et un nouveau Moyen Âge. L'explosion démographique (l'immoralité par excellence !) me fait craindre qu'il sera plus facile de retomber dans la sorcellerie et les comportements barbares que dans une nouvelle naissance de l'Art (Botticelli, Monteverdi), de la Poésie (Ronsard) et de la Science (Galilée)... et de la Politique (Machiavel).

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