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Jean C. Baudet

La culture et Patrick Modiano

11 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Culture, #STI

Je pense ici à la culture qui s'oppose à la STI (science-technique-industrie), et non au sens anthropologique du mot "culture". Je pense à cette culture que les hommes importants ou qui se croient importants étalent comme de la confiture. Qu'est-ce que c'est ? Quelle est la détermination ontologique du "culturel" ? Il est facile de répondre phénoménologiquement, pour peu que l'on ait eu l'occasion de faire l'expérience (le vécu) de la lecture d'un roman ou de la visite d'un musée. Car lire un texte de Patrick Modiano, écouter un concerto brandebourgeois ou contempler un fétiche nègre, c'est toujours passer son temps, c'est toujours s'oublier, oublier sa propre existence pour porter toute son attention et la totalité de ses affects à un réel qui nie le Réel, ou qui du moins le met entre parenthèses, le temps d'un concert ou d'une projection cinématographique. Car vivre avec Roméo et Juliette ou avec l'Etranger de Camus, c'est précisément oublier sa propre vie, c'est se laisser captiver par une occupation qui occulte les préoccupations de l'être-là-pour-souffrir. Admirer les phrases de Modiano, c'est oublier ses dettes et ses hémorroïdes, et Baudelaire, le Grand Cultivé, disait qu'il faut s'enivrer, c'est-à-dire dénier et oublier.

C'est en ce sens que les axes du scientifico-industriel et du culturel sont rigoureusement inverses, le premier se dirigeant vers une appréhension toujours plus rapprochée du Réel, quoique dans l'Angoisse, le second s'éloignant toujours plus des réalités, avec les deux ingrédients inséparables de l'imaginaire (ce que l'on imagine et qui n'est pas) et du sentiment (ce que l'on désire et qui n'est pas). Jusqu'au délire et à l'aliénation libératrice (on a assez remarqué la complaisance pour la folie et pour les primitifs dans la culture postmoderne). Combien de Grands Ecrivains n'ont-ils pas célébré les psychopathes et le dérèglement de tous les sens ?

On comprend alors que la modernité ait entraîné l'Art dans des rejets véhéments, avec une conviction d'autant plus hargneuse que les progrès de la STI devenaient plus spectaculaires. La Musique a rejeté la mélodie et l'harmonie, et certaines de ses formes les plus vulgaires ne servent qu'à assourdir (écouter pour ne plus entendre) ; la Peinture a rejeté la figuration ; le Nouveau Roman a voulu éliminer les personnages et les intrigues ; et la Poésie, qui a commencé modestement par rejeter les points et les virgules, est arrivée aux suprêmes délices de l'anéantissement du vers et de la justification signifiante. La Haute Culture du siècle des vidéo-téléphones portatifs est devenue un magma de bruit et de fureur ne signifiant plus rien. On a bien besoin de l'empirisme transcendantal de Gilles Deleuze pour trouver son chemin dans le tohu-bohu du postmodernisme.

Dans ce sens que j'ai retenu, on peut l'affirmer : "toutes les cultures se valent". Elles sont égales à zéro !

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Groupe de parole à visée thérapeutique 14/10/2014 05:24

Je vous vante pour votre exercice. c'est un vrai charge d'écriture. Développez