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Jean C. Baudet

Science et culture

10 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Culture, #STI

L'étude de l'histoire des sciences m'a conduit, déjà dans les années 1980, à comprendre le lien épistémologique qui lie la science (S) à la technique (T), et la fréquentation du monde belge des ingénieurs me montrait aussi l'évidente relation entre la technique et l'industrie (I), ce qui m'incita à forger le concept de STI. C'était aussi une réaction au pseudo-concept de "technoscience" proposé, dans les années 1970, par le philosophe américain Don Ihde. La STI est un ensemble d'attitudes (la méthode scientifique, la gestion d'entreprise...) et de productions (hypothèses, théories...) ayant la mathématique pour "noyau dur", celle-ci étant une extension de la logique, elle-même systématisation de l'empirie (et remontant à Aristote et à ses précurseurs comme Parménide). Je me suis rendu compte plus tard que la STI n'apparaît dans toute sa profondeur qu'au XVIe siècle, avec l'apparition de l'instrumentation.

Les "preuves" de la STI sont innombrables, et le moindre produit de l'activité économique montre ses rapports obligatoires avec les lois mathématiques (comptabilité, par exemple). La logique permet, à partir du concept de STI de construire celui de non-STI, qui rassemble toutes les productions "culturelles" ou "intellectuelles" que l'on ne peut pas ranger dans la STI : mythes et religions, rites et folklores, musique et autres arts, littérature, et même une grande partie des "sciences humaines" qui sont souvent plus littéraires que scientifiques...

J'appelle "culture" (sensu stricto) la non-STI, étant bien conscient que dans le vocabulaire courant le mot "culture" (sensu lato) peut englober la STI. Cette dualité est la systématisation philosophique d'un antagonisme que l'on trouve déjà chez Pascal (le coeur de la "culture" et la raison de la "science"), d'une psychologie rudimentaire que l'on connaît déjà au lycée quand on appose les lettreux aux matheux, et l'on peut même remonter aux premiers temps de la pensée grecque, quand les Hellènes inventaient leurs dieux. Car Homère, Hésiode et les premiers penseurs de l'hellénisme ont bien compris en quoi s'opposaient les déesses rivales Aphrodite et Athéna, la première déesse "de la beauté et de l'amour", la seconde étant la déesse "de l'intelligence et de la guerre". Bref, dans une pensée encore mystique, la sourde compréhension de la dualité des facultés mentales humaines : l'intelligence liée à la vérification d'une part, le sentiment lié à l'imagination d'autre part.

Ainsi l'épistémologie est un approfondissement de la psychologie qui doit éviter le psychologisme. Il est très stimulant d'apprendre que les sciences neurocognitives d'aujourd'hui reconnaissent la dualité (intellective et émotive) du système nerveux central. Popper avait sans doute raison, mais insuffisamment. Le "scientifique" (au sens STI) est vérifiable, toujours orienté vers le réel, le "non-scientifique" (le religieux, le poétique, le littéraire, l'artistique) est invérifiable, toujours porté vers l'espoir...

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