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Jean C. Baudet

Sur l'imposture des poetes belges

24 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Non, certes, TOUS les poètes belges contemporains ne sont pas des imposteurs, et mon titre généralisant relève de la rhétorique par exagération et métonymie (prendre la partie pour le tout). Mais il existe une mafia de poètes, en Belgique, dits "minimalistes", qu'il convient de dénoncer avec ardeur et fermeté. Je ne donnerai pas de noms, les intéressés se reconnaîtront, si du moins ils consentent à me lire, ce qui serait étonnant, car je ne suis pas de l'une de leurs chapelles. Et je salue au passage, en ne les nommant pas davantage, les poètes authentiques qui s'efforcent encore d'inventer du poétique, malgré la submersion du marché de la poésie par la médiocrité financièrement soutenue par certaines instances officielles.

L'imposture en question est audacieuse, mais des lecteurs un peu balourds ou fortement snobs s'y laissent prendre, y compris des critiques littéraires patentés. Il s'agit de rassembler quelques mots (le moins possible) sur quelques pages (le plus possible), et de prétendre, avec des airs de mamamouchi, que ce "travail" est une "recherche de sens", ou une "recherche de soi", une "plongée dans l'indicible, révélatrice de déterminations secrètes", une "mise au jour du non-encore-aperçu", bref le poète (belge contemporain adulé par la Haute Culture Officielle et Subventionnée) est un voyant extra-lucide, un découvreur d'infinités, un capteur d'absolu (par résonance poétique), un dissecteur de miettes verbales, un déconstructeur de la langue française dans tous les sens. Il "renouvelle" la poésie, il "réinvente" la beauté verbale par l'abandon des vers, des rythmes et des images, et par la prétention philosophique.

Au fond, c'est ridicule et rigolo, et les poètes belges que je désigne ne seraient que des clowns inoffensifs s'ils ne détournaient à leur profit les maigres subventions que peuvent encore distribuer les autorités publiques compétentes en matière culturelle, et surtout s'ils ne contribuaient pas à répandre dans le grand public la confusion entre les vessies et les lanternes, entre la recherche sérieuse des philosophes, des sociologues, des historiens, et la "quête de sens" des illusionnistes verbeux et des distillateurs de simagrées. Admirateurs des shakespitreries de Maeterlinck, les poètes du minimalisme belge répandent l'idée du n'importe quoi, sèment la confusion entre la pensée véritable et les jeux de mots, ce qui pourrait bien être un danger pour la démocratie si elle détourne des hommes de ce qui devrait faire leur dignité : penser.

J'ai développé le soubassement théorétique de ma dénonciation de l'imposture d'une certaine poésie postmoderne, avec tout l'appareil critique nécessaire, dans mon livre "Une philosophie de la poésie" (L'Harmattan, Paris, 153 pages).

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Daniel Pisters 25/10/2014 13:30

Magnifique réquisitoire ironique et authentique poème en prose contre la poésie des larves qui remplace celle des vers. Je peux citer, comme le suggère Jacques Goyens, Jan Baetens (qui a reçu un prix de la Cocoricommunauté française en 2008 je crois) pour "Mille fois sur le métier". Si suivre le conseil de Boileau doit conduire à un tel résultat!. Mais Jean Baetens est un "bon", un bon sauvage en fait parce que c'est un néerlandophone qui écrit en français. Je préfère les Flamands qui écrivent en flamand.

Quant aux autres noms, je les ai déjà assez énumérés par ailleurs pour m'y remettre ici.

Le minimalisme est certes le cercle qui, dans le vortex de l'insignifiance, représente le resserrement ultime de la spirale. Je regrette d'utiliser une métaphore aussi sublime que celle du tourbillon pour illustrer l'abîme d'insignifiance dans lequel plongent les poéticules.

Yves Namur, Karel Logist ou Eric Brogniet ne sont pas nécessairement des poéticules minimalistes. Ils placent quand-même en moyenne trop de mots sur une page pour être vraiment représentatifs cette mode d'occidentalisation de l'haïku. Ce sont donc des poéticules longuets Ils n'en sont pas moins des poéticules.

Jean-Pierre Verhegen n'est malheureusement pas minimalistes non plus. Il se fait plutôt admirer pour ses triturations d'un vomissement copieux à la recherche de petites trouvailles verbales, de jeux de mots et autres pets de l'esprit qui explosent comme autant de bulles de gaz, de renvois indiquant que cet homme n'a pas encore réussi à bien digérer la syntaxe du français et s'en fait même une gloire, sinon un goitre qu'il dissimule derrière sa barbe d'ours bonace et hirsute. Un gros rigolo.

La poésie minimaliste est certes le dernier cercle de l’enfer du Néant, ou plutôt de son avatar humain qu’est la Nullité. Mais s’enroulent autour de ce cercle presque blanc (presque puisque pointillé par des déjections reflétant la constipation d’un sphincter poétique particulièrement crispé) des volutes plus verbeuses qui n’en sont pas moins nuls.

Poèticule minimaliste, j’écris :

Plisse
pierre
le temps seul
ride le dur

Poéticule longuet, j’écris :

La pierre se plisse froissures des granits
dans les interstices du temps
à marquer le vieillissement des statues –
sur le socle des nudités fendillées
je ne peux lire les inscriptions brouillées
par la mousse et les pluies drues

Je vous épargne la lecture de la version du poéticule long.
Evidemment, dans mon pastiche, je ne peux m’empêcher d’ajouter une touche de musicalité personnelle : « pluies drues » rime encore avec « statue ». On devrait donc attribuer cette strophe au poéticule longuet musicalisant.

J’ai proposé à Jean C. Baudet de composer une « Anthologie de la Poésie Dégénérée Belge contemporain d’expression française. » mais il tarde à me marquer son accord.

Nul doute que la Communauté Française nous accordera des subsides pour ridiculiser tous ces élus….

Il faudrait peut être se tourner vers la Communauté Flamande. En général, d’après ce que j’en lis parfois dans la revue Septentrion, leur poésie est moins débile, sinon franchement valable.

Goyens Jacques 24/10/2014 11:07

Dans mon commentaire précédent, il faut lire: "on ne peut que partager ton avis" (pardon pour cette dérive minimaliste)

Goyens Jacques 24/10/2014 11:04

Voilà qui va encore faire jaser, à condition que les intéressés te lisent. Quand on ne fait pas partie de cette chapelle dont tu dénonces l'imposture et le détournement des subventions, on ne que partager ton avis, exprimé de surcroît avec beaucoup d'élégance tout en étant très direct. Dommage que tu taises les noms de ces imposteurs. Est-ce aussi une réaction à l'article de Daniel Laroche dans le Carnet et les Instants, comme l'a fait Michel Ducobu?