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Jean C. Baudet

Rationalisme, empirisme et poesie

7 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Gnoséologie

Le drame de l'historien, c'est qu'il est impossible de rendre dans un récit linéaire toute la densité des événements de l'histoire, et que les enchaînements retenus dans l'exposé ne constituent qu'un "extrait" de la Réalité. Semblablement, le philosophe ne peut pas revenir sur la complexité du développement de sa propre pensée, et tout curriculum vitae est comme un mensonge. C'est pourtant l'obligation de la synthèse conduisant à la compréhension, car dans tout esprit en mouvement il y a des moments-clés qu'il est nécessaire de repérer.

Ainsi, puis-je - et en même temps c'est une affirmation "simpliste" - situer en 1968 le départ de mon cheminement philosophique quand, amené par les circonstances de la vie professionnelle, je suis nommé professeur de philosophie (en Afrique, ce qui est anecdotique) et que je suis donc tenu d'éclaircir l'opposition entre le rationalisme et l'empirisme, et notamment l'opposition entre la doctrine des idées innées de Descartes et celle des idées acquises de Locke. Il m'apparaît ainsi, comme cela est longuement exposé dans tous les manuels, que les idées présentes dans l'esprit humain selon Descartes impliquent une préexistence de ces idées à l'humain, ce qui conduit à l'idéalisme, c'est-à-dire à une forme plus ou moins intellectuellement transformée de platonisme, et la gnoséologie cartésienne se ramène à la théorie de la réminiscence, son ontologie étant un nouvel avatar de la vision dualiste des primitifs : un monde matériel profane ici-bas et un monde spirituel sacré dans l'au-delà : le monde des idées. Quant à l'empirisme de Locke, il admet que les idées sont "produites" dans l'esprit humain à partir des sensations provenant d'objets extérieurs, ce qui peut conduire à admettre l'homogénéité du monde (monisme ontologique), constitué d'une substance (éventuellement la substance unique de Spinoza) que l'on appellera "matière". L'opposition du corps et de l'âme se dissipe, et l'esprit humain est une fonction corporelle comme les autres.

Il m'est alors paru évident que si je pouvais exposer à mes étudiants les grandes étapes de la pensée menant au matérialisme (Hume, Kant...) ou à l'idéalisme (Fichte, Hegel...) à partir de l'antagonisme entre les idées innées et les idées acquises (entre le mystère de l'intuition et le mystère de la sensation), je devais d'une manière ou d'une autre sortir du couple rationalisme-empirisme, prendre du recul pour décider d'adopter Descartes ou Locke.

Je peux dater ma deuxième époque de 1978, quand je fonde ma revue Technologia, et que j'entreprends d'examiner la question de la connaissance en étudiant dans l'histoire comment les connaissances (religieuses, scientifiques...) ont été effectivement acquises ou construites. J'ai bien sûr une dette envers les philosophes français de l'épistémologie historique (Brunschvicg, Bachelard, Foucault) et je suis à cette époque plutôt hostile au courant phénoménologique dominant, qui me semble mener vers une espèce de poésie amphigourique qui joue avec les concepts dans une espèce d'onanisme philosophique, dont "les chemins ne mènent nulle part" (la formule est de Heidegger). J'entreprends donc l'étude des systèmes de pensée (science, technique, religions, philosophie), mais mon travail est ralenti car je suis pris par mon métier d'éditeur. J'en arrive toutefois à cerner quelques concepts : STI, éditologie...

Ma troisième époque commence en 1997, quand j'ai terminé la longue procédure de mise en liquidation de ma maison d'édition, et que je retrouve tout mon temps pour la recherche philosophique et l'écriture. Je m'égare quelque peu, dans l'ivresse du temps retrouvé, dans la production poétique, mais surtout j'entreprends un vaste programme de publications, espérant aboutir à publier une Histoire de la science, une Histoire des religions, une Histoire de la philosophie et un Exposé systématique de mes idées (empirisme logique, matérialisme, nihilisme). Je travaille à l'achèvement de ce programme.

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halleux bernard 10/11/2014 13:33

Je vous ai lu via José Fontaine, j'ai ce temps choisi de m'éparpiller comme un papillon, qui va de fleur en fleur,butinant, porté par les vents ou les rafales de la blogosphère, m'exposant à fléchir, sans me briser, car mes racines et mes convictions sont profondes...Etant économiste de formation, chrétien de conviction, philosophe sans formation,donc sans vocabulaire, ouvert au dialogue, sans a-priori ni mépris : un gentilhomme ( un prétention de ma part...?), ouvert à la discussion, au partage et au respect......A ce niveau-là, je suis Candide...et je vous lirai avec intérêt....a+ ?