Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Science, philosophie et poesie

2 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Ce qui distingue la philosophie de toutes les autres démarches intellectuelles, c'est qu'elle n'a pas d'objet déterminé, qu'elle n'a pas d'horizons, qu'elle n'est pas une discipline. Pour des raisons diverses, la zoologie ou la linguistique, le socialisme ou l'islam, la poésie ou le roman sont des disciplines : il faut s'enfermer dans un domaine (les animaux, les langues), respecter des mots d'ordre, des règles, des traditions... Le médecin s'occupe de ses malades, le soldat s'occupe de sa patrie, le boulanger de son pain, le psychopathe de ses délires... Le philosophe s'occupe de "tout", qu'il appelle l'Être ou le Réel ou le Moi, et ne respecte rien. D'où le grand isolement du philosophe, qui a tous les "spécialistes", tous les "disciplinés", tous les "croyants", tous les "militants" contre lui. Les disciplines sont fondées sur des savoirs (véritables ou illusoires) et leur pratique conduit généralement à de nouveaux savoirs : le botaniste découvre de nouvelles plantes, le sociologue découvre de nouvelles modes (nouveaux partages d'émotions) et de nouvelles croyances. Le philosophe n'a rien à découvrir, puisque le Réel n'est pas enfermable dans des limites (cfr l'apeiron d'Anaximandre). Plongé dans l'Être qui le dépasse et qui l'ignore, le philosophe n'a que sa conscience pour comprendre dans l'angoisse de son double isolement (métaphysique et social) que sa recherche est impossible, même si cette recherche fait la dérisoire grandeur de l'Humanité.

Voilà pourquoi il n'y a pas de progrès cognitif de Parménide à Aristote, ou de Descartes à Gadamer, et que le philosophe même après 25 siècles de philosophie n'a aucune réponse à aucune question. Il ne possède que le précieux et futile don de la lucidité, qui concentre sa recherche sur le Moi - seule certitude douloureusement vécue - et qui comprend que le destin du Moi vient du Réel, opaque à ses observations et à ses raisonnements.

Songes-y bien, cher lecteur ! Tu te félicites sans doute de tes liens sociaux, de tes réseaux de famille, d'amitié, de profession, et tu as sans doute la fierté de te proclamer "citoyen du monde" ! Mais réfléchis à tes moments de détresse, et surtout à tes souffrances ultimes : quand tu seras seul avec tes douleurs sur ton lit d'agonie. Ce sera enfin la découverte de ton Moi, au moment même de sa disparition !

La science dessine de mieux en mieux l'image de l'Univers. La philosophie explore avec toujours une plus taraudante acuité l'incognoscibilité de l'avenir de l'Être et donc du destin du Moi. Reste la poésie, avec ses paradis artificiels : là tout n'est qu'ordre et beauté, dit le Poète. Qui ne voit que cette formulation magnifique n'est qu'un cache-misère, un songe, un mensonge, et en somme une insulte à la souffrance des hommes ?

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article