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Jean C. Baudet

Le primat de la Technique

14 Décembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Technique

L'idée fondamentale à la base de tout mon travail philosophique est particulièrement simple et totalement évidente, c'est la constatation que l'humanité (le caractère distinctif de l'animalité) est la conséquence de la Technique, que c'est l'outil qui a créé l'homme. Je ne sais pas encore avec certitude si chez l'homme l'existence précède l'essence (Heidegger, Sartre), mais ce qui me semble certain c'est que chez tout homme la Technique précède l'existence. Etre, c'est d'abord vivre, et l'on ne peut vivre qu'en mangeant, et il faut des moyens "techniques" pour se procurer de la nourriture. Le plus acharné de mes contradicteurs, après son déjeuner ou son petit déjeuner, ne pourra pas le nier, la Technique est primordiale, dans le sens fort et ontologique du terme : elle fonde l'humain. Et le plus fanatique des spiritualistes, qui me répétera, dans les transes de la foi, que c'est un dieu qui a créé l'homme, ne nie pas que l'homme a besoin de riz ou de pain, et que les aliments ne peuvent être produits que par la Technique (voir, chez les chrétiens, le très significatif miracle de la multiplication des pains).

Cette idée semble à d'aucuns vulgaire, voire simpliste, et cette "vulgarité" a nui à la diffusion de ma philosophie. Les intellectuels germanopratins préfèrent méditer sur l'inconscient (Freud), sur la liberté (Sartre) ou sur le plan d'immanence (Deleuze) plutôt que sur les locomotives, les métiers à tisser ou les lampes à pétrole. Le parisianisme préfère parler de concepts que de réalités. Mais ce dédain pour la technique (et pour la science qui en découle, Heidegger ne disait-il pas que "la science ne pense pas") est instructif. Cette forclusion des réalités techniciennes par la majorité des "penseurs" (même Bachelard n'a pas écrit un seul paragraphe sur la technique), est révélatrice : l'homme pensant veut ignorer ses origines, il veut s'halluciner en croyant que le propre de l'homme est dans la pensée, dans le langage, dans le rire, dans la culture...

Certes, l'Humanité ne vit pas que de tenailles, d'arbres à cames et de pétrochimie, elle a aussi besoin de rêves, et elle a inventé la démocratie (qui, au fond, est d'abord une technique de gestion des conflits sociaux), la musique (qui est peut-être d'abord une technique de lutte contre l'ennui) et les contrepèteries. Mais, d'abord et avant tout, pour son existence même, elle a d'abord besoin d'outils, de machines et de systèmes technologiques.

J'aurais bien aimé fonder ma réflexion sur des constatations plus exaltantes, sur l'enthousiasme nietzschéen du sur-homme ou sur la détestation évangélico-marxisto-socialiste des riches, par exemple. Mais je n'ai trouvé, pour distinguer l'homme de la bête, que la Technique (dont dérivent les rites et les religions, les mythes et la philosophie et la science, les littératures et les beaux-arts). Mais je n'ai trouvé comme signe distinctif que l'intelligence créatrice d'instruments permettant à l'homme (ce singe technicien) de résister aux persécutions de la nature, et d'abord à celles de son estomac.

Simpliste ? Dites-le à un affamé, si c'est simpliste de "trouver" à manger...

Sur la Technique, voir mes livres :

- 2003 : De l'outil à la machine,

- 2004 : De la machine au système,

- 2005 : Le signe de l'humain - Une philosophie de la technique,

- 2011 : Curieuses histoires des inventions.

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