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Jean C. Baudet

Eliane Escoubas explique Martin Heidegger

14 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Les circonstances de la vie, à moins qu'il ne s'agisse des aléas de l'existence, m'ont donné l'occasion et le plaisir, avant-hier après midi, d'assister à la conférence que donnait Eliane Escoubas (Université de Paris XII), à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, sur l'analytique existentiale de Heidegger. La conférencière a brillamment expliqué l'idée heideggerienne de Dasein. Elle a montré qu'en insistant sur l'unité de l'homme, l'auteur de Sein und Zeit (1927) récusait le dualisme du corps et de l'âme de la métaphysique classique, fondant le monisme de l'existence humaine, qui n'a pas d'intérieur, étant ouverture sur le monde. Il y aurait trois sortes d'étants, avec un statut ontologique de plus en plus complexe : la chose (qui n'a pas de monde), l'animal (qui est pauvre en monde) et l'homme. Celui-ci est mondain, il configure un monde, et même - par la technique - il crée des mondes (Weltbildung).

L'analytique existentiale de Heidegger est alors une nouvelle anthropologie qui développe l'étude de l'homme (en tant que Dasein) à la lumière du monisme qui rejette le dualisme (hérité de la pensée archaïque des religions primitives) des réalités "spirituelles" et des réalités "matérielles". La structure du Dasein est constituée d' existentiaux, qui ne sont ni des facultés (comme les facultés mentales de la psychologie classique) ni des comportements (comme étudiés par le béhaviorisme), mais des modes d'être : affection, compréhension, parole, souci...

En découvrant que la technique est le propre de l'homme (Le Signe de l'humain, L'Harmattan, Paris, 2005), j'entamais il y a plus de dix ans une tentative (désespérée) de construire une synthèse entre l'existentialisme de Heidegger et les résultats de l'éditologie. Celle-ci (comme Heidegger) insiste sur la nature langagière (communicante : "être-avec-les-autres") de l'homme, et le langage est une invention technique parmi d'autres, aussi déterminante soit-il. L'homme a inventé des outils en pierre taillée avant d'inventer des mythes. Mais comment passer de la phénoménologie du Dasein, d'une part, et de l'histoire critique des systèmes de pensée, d'autre part, à l'élucidation de l'être, c'est-à-dire de notre destin ? Comment passer de l'analyse de l'archè (qui est-là, naguère, et donc observable, au moins partiellement) à la détermination de l'eschaton, qui n'est pas encore et échappe à toute observation ? La temporalité de l'Être (to on è on) ne détermine-t-elle pas un existential qui mine toute recherche philosophique : être-pour-l'ignorance ?

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