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Jean C. Baudet

Les paroles de Georges Brassens

6 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Les paroles de Georges Brassens

Je viens d'achever, tout attendri et nostalgique et rêveur (les chansons de Brassens, c'étaient mes quinze et mes vingt ans...), je viens donc d'achever la lecture du livre, qui vient de paraître, de Michel Bilquin et Bruno Bilquin (père et fils), intitulé Brassens - Le dictionnaire piquant (éditions La Boîte à Pandore, Paris, 143 pages). C'est vrai que je l'aimais bien, Brassens, paroles et musiques, quand je découvrais, encore juvénile, quelques merveilles construites avec les mots de la langue française, et il y avait Voltaire et Sartre, bien entendu, Julien Green et Charles Baudelaire, évidemment, et puis des chansons, d'admirables chansons qui me reviennent parfois à la mémoire, comme Le Testament, ou Saturne, ou encore Auprès de mon arbre. Brassens, dit-on, refusait à lui-même la qualification de poète, et pourtant, quel poète il fut, développant dans ses chansonnettes (presque toutes des chefs-d'oeuvre) une poésie de tendre spleen, de douce émotion, de cocasserie, de clairvoyance sur les êtres et les choses, et de cette formidable habileté de tirer, en quelques mots bien choisis, toute la saveur exquise d'une langue et d'une culture partagées par les locuteurs du français ! Et comme la modestie de ce Georges, un des authentiques poètes du siècle vingtième, contraste avec la sotte prétention au titre de poète de quelques rustres du siècle suivant qui n'émeuvent personne.

Des mots ? Ce sont quelques mots typiques du vocabulaire fleuri de Brassens que Bilquin et Bilquin ont choisis pour former un dictionnaire avec commentaires éclairants et citations savoureuses. Parmi les mots retenus par les auteurs, il y a bien sûr "guitare", "mort", "temps", et j'ai trouvé aussi un mot de trois lettres, très expressif, et que Brassens utilisait toujours à bon escient, pour nous rappeler, par exemple, que "Le temps ne fait rien à l'affaire ; quand on est con, on est con". On voit par cela que Brassens, poète incontestable, se hissait presque au niveau de la philosophie, par cette profonde et percutante analyse anthropologique. Il avait, du reste, des idées audacieuses en théologie et en eschatologie :

Je serai triste comme un saule / quand le dieu qui partout me suit / me dira, la main sur l'épaule, / va-t-en voir là-haut si j'y suis !

Ah, le temps de Brassens et de sa guitare ! C'était encore le temps du "vivre ensemble" entre créants et mécréants :

Je vis en bonne entente / avec le père Duval, la calotte chantante, / lui, le catéchumène, et moi, l'énergumène ; / il me laisse dire merde, je lui laisse dire amen.

Ce dernier couplet est extrait de "Les trompettes de la renommée". Qui sonnent si souvent pour des gloires usurpées.

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Lemaître Jeannine 11/03/2015 11:31

BRASSENS ! mon Dieu ! De A à Z, je l' aime et je m' efforce de le faire connaître autour de moi !
Mes prėférés : Brassens - Brel - Ferrat - Ferré - Leclerc.

philippe leuckx 06/03/2015 10:57

Oui, bien sûr, Brassens, son sens de la langue, ses trouvailles, son humour décapant, sa dénonciation des travers et des codes usés, ses images...
Il reste avec Ferré, Ferrat, Barbara, Sylvestre, Moustaki, Souchon, Yves Simon...l'un des grands de la chanson poétique francophone (se rappeler SEGHERS, Poésie et chanson...avec des volumes consacrés à certains des noms précités...et à Mouloudji, Vian...) Merci, Jean.