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Jean C. Baudet

La philosophie impossible et indispensable

1 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

La philosophie impossible et indispensable

Le parcours vers la construction d'une ontologie est semé d'embûches, et paraît être un "chemin sans issue", comme l'a déterminé Martin Heidegger en 1950, quand il était arrivé dans sa 61ème année de vie, c'est-à-dire d'existence, et peut-être déjà avant, quand il effectue le "tournant" de sa pensée (die Kehre) qui va l'écarter du projet sans doute trop optimiste de Sein und Zeit (1927). La connaissance de l'Être en tant qu'être (to on è on) ne devient le projet de la philosophie qu'avec Aristote - même si le terme métaphysique n'apparaît, avec Andronicos de Rhodes, que vers 50 avant notre ère. Les présocratiques et même Platon n'ont pas encore atteint une pleine conscience de la nécessité pour toute pensée de résoudre préjudiciellement la question ontologique, ne se libérant encore qu'incomplètement de la pensée mythico-mystique. Peut-être pourrait-on créditer Parménide d'Elée d'avoir eu clairement le projet de dévoiler l'Être, mais ce n'est qu'un détail de l'histoire de la haute pensée. En tout cas, la recherche métaphysique, qu'elle soit initiée par l'Eléate ou par le Stagirite, a découvert ses propres limites en 1781, avec Kant. Mais la suspension du travail ontologique ne dura que quelques années, Kant lui-même croyant pouvoir sauter les barrières qu'il avait découvertes, avec la Critique de la raison pratique (1788). Puis ce furent Fichte, Schelling, Hegel...

La faillite (prévisible) des grands systèmes de l'idéalisme allemand (qui dans la vie politique conduisirent à ces deux figures de l'abjection que sont le communisme de Staline et le nazisme de Hitler) bloqua la recherche ontologique pendant plusieurs décennies, et l'immense effort de Heidegger tourna court : si l'homme est un être-là (Dasein), nous devons convenir que l'Être est un être-au-delà.

Ainsi, depuis Kant (celui de 1781) et avec une lucidité de plus en plus pénétrante mais toujours limitée, la philosophie ne peut désormais que tourner en rond, exprimant de mieux en mieux ses limites radicales (qui sont les limites de l'intelligence humaine), et ne pouvant déboucher que sur les réalités irréfragables (mais hélas incomplètes) de la science, ou sur des phraséologies impressionnantes mais vides, ou sur les rêveries de la poésie ou des religions. Faire de l'Être inconnaissable une divinité, sacraliser nos ignorances, voilà la grande tentation. L'Actualité montre où cela conduit.

Ainsi, la philosophie est aussi impossible que la quadrature du cercle. Mais, alors que la quadrature n'est pour l'humain qu'un jeu futile et dérisoire, la philosophie est une nécessité vitale. Elle ne nous apprend pas quelles sont les structures de l'Être et ne nous montre aucun chemin de vie, mais elle nous apprend à nous méfier du mensonge et de l'illusion. Car, songeons-y bien : quels authentiques nouveaux savoirs nous apportent Bernard-Henri Lévy, Barbara Cassin, Alain Badiou, Michel Serres, André Comte-Sponville, Luc Ferry et tous les autres ?

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