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Jean C. Baudet

Le dernier philosophe

4 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

J'ai d'abord, il y a déjà bien longtemps, exploré le champ classique de l'épistémologie, pour établir que, vu le primat de la technique, la science est une technique appliquée. C'était transposer dans le concret de l'Histoire la relation d'équivalence entre les concepts de Connaissance et d'Action (l'efficacité comme indice de vérité: pour savoir il faut faire, et pour faire il faut savoir). Puis, j'ai étendu ma réflexion au champ tout entier de la gnoséologie, découvrant l'origine des religions (et des idéologies qui en dérivent) dans les rites qui sont des réactions compulsives libératoires à l'angoisse de la condition humaine. M'interrogeant alors sur l'apparition de la philosophie, je la situais comme une révolte, comme un rejet des traditions, avec la production d'une coupure sociale et épistémique entre une petite élite qui cherche et la masse qui croit. Restait la distinction à thématiser entre philosophie et science, qui sont toutes deux des recherches libérées. Je ne me satisfaisais pas des réponses de Bachelard (les obstacles épistémologiques), de Popper (la falsification), de Kuhn (les changements de paradigme), et j'approfondis ma lecture de l'histoire de la philosophie et de la science, publiant d'ailleurs de nombreux articles et plusieurs volumes consacrés à l'histoire des systèmes de pensée. C'est ainsi que je découvris que la différence radicale entre science et non-science réside dans l'instrumentation, c'est-à-dire dans l'emploi systématique d'instruments, qui modifient dramatiquement la portée de l'observation et la puissance heuristique et démonstrative du raisonnement (par la mathématisation rendue possible grâce aux instruments de mesure). Il me paraît difficile de nier que les scientifiques disposent de laboratoires et que les philosophes n'ont que des bibliothèques ! Je retrouvais mon intuition du primat de la technique, puisque les instruments de la science sont construits par les techniciens.

Au cours de l'Histoire, la science (instrumentale depuis 1543) n'a cessé de restreindre le domaine de la philosophie, répondant à la question de la matière (Lavoisier, 1789), de la vie (Schleiden, 1838), de la biodiversité et de l'origine de l'homme (Darwin, 1859), et même de l'origine de l'Univers (Einstein, 1915). La question se pose donc de savoir si, dans un avenir plus ou moins proche, la science serait en mesure de recouvrir totalement le champ encore vaste du questionnement philosophique. Quelle que soit l'orientation de ma méditation, je ne vois pas d'issue à l'impossibilité actuelle de pénétrer dans le domaine nouménal, ce qui me ramène inéluctablement au scepticisme de Kant : la physique (grâce aux instruments) est merveilleusement possible, et d'ailleurs elle progresse tous les jours ; la métaphysique est tragiquement impossible !

Ce scepticisme, qui à ce jour me semble incontournable, achève la philosophie, comme on achève les chevaux malades. L'homme a dû se résigner à vivre avec la souffrance. Il lui faut, en plus, vivre avec l'ignorance.

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