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Jean C. Baudet

Sur le concept de STI

8 Juillet 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Technique, #Epistémologie

Sur le concept de STI

A la fin des années 1970, le philosophe américain Don Ihde (né en 1934) adopte le néologisme « technoscience » pour nommer un pseudo-concept qui vise à désigner une collusion (maléfique) entre la technologie des ingénieurs et la science des chercheurs. Je dis « pseudo-concept », parce qu’il s’agit d’une notion sociopolitique née dans une mouvance idéologique particulière (technophobe, marxiste…) et manquant d’analyse critique. Au début des années 1980, je propose à mon tour le néologisme « STI » (science-technique-industrie) pour désigner un concept épistémologique. A savoir l’unité ontologique qui lie non seulement la science à la technique (ce qui est l’évidence même), mais aussi à l’industrie, dans le sens du latin industria : activité productrice. La STI est ainsi un continuum épistémique reliant de manière radicale science, technique et industrie, ces trois termes désignant des notions insuffisamment conceptualisées : il n’y a pas de science sans, à la fois, technique et industrie. La science (ou la technique, ou l’industrie) n’existe pas sans les deux autres composantes de la STI. La STI se développe dans l’Histoire (depuis le percuteur en pierre éclatée jusqu’à Internet) par l’inséparable coopération de l’observation (empirisme) et du raisonnement (rationalisme). Le lien ontologique dans lequel s’enracinent les composantes de la STI est « le mathématique », profonde (et encore largement incomprise) caractéristique de l’Être, avec sa dualité géométrique (l’observation des formes) et arithmétique (le raisonnement sur les nombres) actuellement résumée par l’opposition entre le topologique (l’espace) et l’algébrique (le temps). En termes de vulgarisation, on notera que la science est basée sur la mathématique des structures (groupes, corps, espaces vectoriels…), que la technique est basée sur l’analyse infinitésimale (mise en équations en vue des calculs de dimensionnement…) et que l’industrie est basée sur la comptabilité, qui est le noyau dur de l’arithmétique (les archéologues ont montré que la comptabilité est apparue des millénaires avant l’arithmétique).

La STI étant une « production de l’Humanité », il est automatique de « mettre dans le même sac » toutes les productions non-STI : littératures, religions, arts, musiques, etc. C’est ce que j’appelle, d’un terme malheureusement très ambigu, la « Culture ». La séparation est d’ailleurs floue, parce que les « culturels » ne peuvent pas échapper aux déterminations de la STI : un carré de Klee ou de Mondrian est d’abord un carré de géomètre, et la musique serait limitée au chant vocal s’il n’y avait pas les instruments construits par l’industrie !

Il existe entre la STI et la Culture un antagonisme qui devrait, me semble-t-il, être transformé en joyeuse coopération. Nos lendemains chanteront peut-être quand l’Ingénieur et le Poète collaboreront pour construire un Monde Meilleur ? La Civilisation, n’est-ce pas l’équation d’Erwin Schrödinger ET la trompette de Louis Armstrong ? Oh, what a beautiful world !

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Olivier 10/07/2015 07:39

En tout cas, je vous remercie d'avoir écrit ces 2 tomes de l'histoire des techniques, car franchement il fallait quelqu'un comme vous pour faire cela. Je déplore cependant le fait que celle-ci soit exclusivement centré sur le monde occidentale (ethnocentrisme masqué ou incapacité d'avoir des sources dans les autres civilisations ? ). Néanmoins, une histoire des techniques est tellement rare que je vous avoue que je chipote un peu :). Heureusement j'ai trouvé en anglais un livre qui règle cette question la ! En espérant que vous vous ouvrirez les yeux sur le monde et que vous remarquerez qu'Il y a eu de grandes innovations techniques partout !!

Olivier 10/07/2015 07:10

En même temps, beaucoup d'artistes méprisent la technique alors qu'ils l'utilisent tous les jours !! Comble de l'ironie et de l'hypocrisie. Sans la technique, j'aurais pas pu accumuler des livres me faire ma bibliothèque personnelle ! La culture est a mon sens ce qu'il y a de moins important car il est utile de se divertir, oui. Mais d'un point de vue général, s'instruire avec des sciences humaines et votre ''culture'' vaut largement la culture populaire !!
- L'argent est également important, car il est impossible de bien vivre en société sans moyens de transactions de biens et de services.
- La métaphysique permet a son être de donner un sens a sa vie et mieux comprendre le monde et c'est ce pourquoi on vit. Pour les ''profanes'', je dirais se choisir un objectif, savoir pourquoi on veut atteindre cet objectif, et l'atteindre.
- Le divertissement n'est que secondaire, complémentaire et dispensable.

Jean C. Baudet 08/07/2015 11:25

L'esthétique est le but de l'existence, la technique le moyen de s'en approcher, et l'éthique la nécessaire modération du désir.

Yves Lanthier 08/07/2015 11:16

Un exemple de coopération est peut-être donné par l'instrument acoustique: il a fallu des générations de luthiers pour donner un instrument dont le musicien tirera «le plus beau son»... après des années de travail guidées aussi par l'expérience de plusieurs générations d'instrumentistes.
Luthier et instrumentiste sont alors deux types de techniciens qui collaborent à l'atteinte d'un but commun, essentiellement esthétique. Bref, une technologie complexe au service du «beau», qui participe à l'«amélioration» du monde.
Mais cela n'est qu'une partie, minoritaire, du monde de la culture, la partie active. La majorité, celle qui «écoute» (ou «voit» si nous parlions d'arts visuels), vaque à d'autres activités hors de la salle de concert ou de sa salle d'écoute. Cependant, elle est déterminante: c’est elle qui remplit ou non les salles de concert, qui écoute ou non les supports de reproduction, etc.
Il faut prononcer le terme «esthétique» dans ces discussions. Le critère de l'esthétique est bien aussi important que celui de la technique sur Terre. Les technologies militaires, notamment, ont besoin de ce sérieux concurrent. Et on n'a pas encore parlé d'éthique.