Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Jacques Van Rillaer et l'agressivité

28 Août 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Psychologie

Hier, à la Bibliothèque Royale (Bruxelles), je termine la lecture de l’excellent livre de Jacques Van Rillaer (psychologue belge) : L’agressivité humaine. Ouvrage bien pensé, bien écrit, bien documenté, basé notamment sur les travaux de Freud et de Mounier (l’auteur du Traité du caractère), mais aussi de Frederik Buytendijk, Konrad Lorenz et beaucoup d’autres. L’auteur expose avec finesse la complexité de la question, et en particulier l’insuffisance de l’explication biologique, ce qui conduit à une sévère critique des tentatives d’expliquer l’agressivité chez les humains en se basant sur les données de la psychologie animale et de l’éthologie. Il me paraît évident que la comparaison entre un lion qui agresse une antilope et un voyou qui incendie une école est sans fondement. La complexité du système nerveux et des facultés mentales qui en dépendent est telle, chez l’homme par rapport à l’animal, que l’on peut penser que l’agressivité si répandue au sein de l’Humanité trouve ses sources plus dans des facteurs socioculturels que dans un hypothétique instinct de destruction.

Mais l’auteur nous prévient avec pertinence que la question de l’agressivité interfère inévitablement (comme toujours dans les sciences humaines) avec les positions idéologiques, la droite ayant tendance à accepter l’idée d’une agressivité innée, la gauche favorable à celle d’une agressivité acquise. Le débat est ancien : l’homme est-il bon ou mauvais par nature ?

Van Rillaer propose une intéressante typologie des hommes par rapport à l’agressivité. Il y aurait les bourgeois, les fascistes et les gauchistes. Le bourgeois est possédé par l’avoir ; le fasciste est possédé par le dévouement à un ordre souverain ; le gauchiste est possédé par sa croyance d’être investi de la mission de redresser le cours de l’Histoire. D’où une agressivité faible, réactive, chez le bourgeois, qui ne vise qu’à sa tranquillité. Et deux agressivités fortes, actives, chez le fasciste et le gauchiste « qui ne reculeraient devant aucune hécatombe pour établir la Société juste ». L’ouvrage de Van Rillaer a été publié en 1988. A une époque où le terrorisme des fascistes et des gauchistes n’étaient que d’aimables plaisanteries par rapport au terrorisme islamiste d’aujourd’hui, 27 ans après ! Il n’y a aucune commune mesure entre les massacres de l’OEI et des autres groupes islamistes et les attentats des CCC (Cellules communistes combattantes). Et quand on veut bien écouter attentivement les discours de l’islam radical, avec des projets de génocides des juifs et des mécréants, on doit se demander, au-delà des interrogations académiques sur l’agressivité, quelle sera la situation de l’Humanité dans un nouvel intervalle de 27 ans ?

Je retiens de la brillante analyse de Van Rillaer que les agressivités les plus violentes et les plus dangereuses sont liées à l’aveuglement d’une croyance, qui conduit au fanatisme : fascisme, gauchisme, écologisme, islamisme… Et comme les croyances se répandent bien plus vite que l’esprit critique, je m’interroge sur l’avenir d’une espèce qui a inventé le saxophone, le macramé, la moussaka et la mitrailleuse. Et la psychologie.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article