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Jean C. Baudet

Louis Savary, poete de Dieu

7 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Religion

Le poète belge Louis Savary (né à Wasmes en 1938) vient de faire paraître un nouveau recueil Ite missa est aux éditions Les Presses Littéraires (Saint-Estève, 100 pages). Depuis 1960 – année de sa première publication –, Savary a produit plus d’une trentaine d’ouvrages, dans lesquels il maîtrise avec justesse (et avec ce qu’il faut de fantaisie) l’art délicat de l’aphorisme, de la maxime, de la phrase courte qui en dit long. Il prolonge ainsi avec bonheur une tradition d’écriture dense qui remonte aux sentences morales de La Rochefoucauld et aux pensées de Blaise Pascal. Les aphorismes de Savary ne sont pas que de simples jeux de mots qui s’adressent à la rêverie du lecteur, ébranlant phantasmes mirifiques et visions troubles. Ces aphorismes sont d’authentiques raisonnements qui s’adressent à l’intelligence et ici, contrairement à la mode postmoderne à laquelle Savary ne cède pas, le bon sens s’accorde toujours avec la rime. Il ne s’agit pas, comme chez trop de poètes contemporains, d’associer trois mots (parfois quatre !) incongrûment choisis pour étonner le lecteur par un « poème » qui ne dit rien, mais chaque phrase de Savary donne à penser. Certes, le poète reste au seuil de la philosophie, il se promène dans le labyrinthe des mots avec un joyeux plaisir, et dédaigne d’en trouver la sortie pour mêler ses réflexions aux syllogismes austères du philosophe. Mais cela est juste et bon : le poète est un artiste qui construit des phrases (des vers) avec des mots, ouvrant à la compréhension des concepts qui est l’objectif de la philosophie.

Et dans le présent ouvrage, Savary nous parle de Dieu en interprétant son silence : Dieu est une subtile coïncidence / entre le désir de l’homme / et son impuissance à l’assouvir. Ou encore : Dieu / des gens ne l’ont jamais cherché / ils l’ont trouvé tout de suite. Et encore ceci, particulièrement concis, et qui vaut toute une bibliothèque de théologie : Dieu existe-t-il ? / Dieu seul le sait !

Avec un peu de cet humour qui est, comme on sait, la politesse du désespoir, le maître ès aphorismes Louis Savary s’est fait, en une centaine de petits poèmes très brefs, théologien. Petits poèmes qui scandaliseront les bigots et les fanatiques, qui les liront comme autant de blasphèmes. Mais les seuls poèmes qui comptent n’ont-ils pas forcément quelque chose de blasphématoire ?

La couverture de ce beau livre est ornée d’un dessin qui évoque la balade des pendus de Villon, et porte une pancarte noire où est inscrit en grandes lettres blanches « Je suis poète ». Evidente allusion au terrorisme actuel d’inspiration religieuse, qui massacre les libres penseurs et assassine les vrais poètes.

Je ferais bien un aphorisme, à mon tour : Dieu est muet, mais est-il aussi sourd ? / N’entend-il pas les kalachnikovs qui tuent les chercheurs de vérité ?

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