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Jean C. Baudet

Testament philosophique 1

8 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Voilà que je suis devenu vieux, malade, et très las, et mon oeuvre est inachevée ! J'ai publié une quarantaine de livres, qui sont autant de prolégomènes à la métaphysique future que mon esprit engendre peu à peu - à partir de tant de lectures ! - mais je n'ai plus en moi l'énergie nécessaire pour entreprendre l'opus ultime : l'exposé organisé et clarifié de ce que je pense. Le fameux démon de la perversité me suggère d'ailleurs l'inutilité de cette entreprise. A quoi a servi que Spinoza achève son Ethique, et que ses amis la publient après sa mort ? A quoi sert la recherche de la vérité, quand la majorité des hommes, pourtant munis généralement d'une cervelle, se complaisent dans les phantasmes de l'espérance et de l'imagination, et trouvent commode le slogan débile "à chacun sa vérité" ?

Eléments d'autobiographie (1944-1978)

Je vais donc, tant que je peux, livrer aux visiteurs de ce blog mes ultimes réflexions, qui auraient pu faire un dernier livre, en me méfiant des tentations ridicules et trompeuses de la littérature et, pis encore, de la logomachie prétentieuse et vaine des cuistres. Je le pensais déjà à vingt ans, je le pense encore cinquante années plus tard : on pense avec des mots, mais il ne suffit pas d'accoler des mots rares (voire des néologismes) pour bien penser.

J'ai commencé à penser à l'âge de quinze ans, quand je n'étais encore qu'un écolier à l'Athénée d'Ixelles, en région bruxelloise. Le professeur de morale, Pierre Le Grève (1916-2004), un pittoresque marxiste anti-stalinien, initiait ses élèves aux grandes idées de la philosophie, et je me souviens encore, comme si c'était hier, du plaisir intense que je pris à l'écouter exposer l'allégorie de la caverne de Platon, et de l'enthousiasme qui me bouleversait quand il comparaît avec finesse l'épicurisme et le stoïcisme. Le bruit courait que notre professeur prenait de grandes libertés avec le programme officiel, et qu'il enseignait des matières un peu trop avancées pour des galopins en classe de poésie ou de rhétorique, comme on disait à l'époque. Je me souviens également des cours passionnants de Maurice-Jean Lefèbve (1916-1981), qui enseignait la littérature française. Je me revois encore, avec une étonnante précision après toutes ces années, alors qu'il expliquait le Discours de la méthode, dialoguant avec lui au sujet du cogito cartésien.

Après mes études supérieures, je fus nommé, en 1968, professeur de philosophie au Burundi, dans le cadre de l'assistance technique belge aux pays sous-développés. J'enseignai pendant cinq ans (cinq belles années), jusqu'à ce que les relations diplomatiques s'enveniment entre le royaume de Belgique et le Burundi. Mon poste fut supprimé, et ma carrière d'enseignant prenait déjà fin ! Je me mis à exercer divers métiers, tout en continuant à consacrer mes loisirs à la réflexion philosophique. C'est ainsi que je fus botaniste au Congo ex-belge, puis chercheur en biologie à la Faculté Agronomique de Gembloux et à l'Université de Paris-VI, puis éditeur, puis journaliste. Je revins d'ailleurs à l'enseignement en 1985. Je donnai, pendant huit ans, deux cours dans le cadre du Programme inter-universitaire d'enseignement de 3ème cycle d'Histoire des sciences du FNRS (Fonds National belge pour la Recherche Scientifique). J'enseignais la Philosophie de la technique et l'Histoire de la profession d'ingénieur.

En 1978, alors que j'étais encore penché sur mes microscopes à la Faculté de Gembloux, je décidai de mettre fin à mes recherches sur la taxonomie et la génétique des plantes vivrières (légumineuses et graminées), pour revenir autant que possible au travail philosophique. Je fondai, avec ma femme Marianne Allard, une maison d'édition sise au 51 de la rue du Mail, à Ixelles, qui était mon domicile. Nous lançâmes une revue, Technologia, dont j'espérais faire un support pour mes recherches philosophiques. Mais de mes contacts avec les milieux universitaires belges il apparut qu'il serait plus rentable de consacrer la revue à l'histoire qu'à la philosophie, pour la raison simple (et désolante) que le Belge cultivé (il y en a) s'intéresse davantage aux faits concrets de l'histoire qu'aux réflexions abstraites de la philosophie. Ma revue fut donc dédiée à "l'histoire des sciences et de la technologie", d'où son titre. Elle cessa de paraître en 1989, en ayant été pendant quelques années la seule revue belge consacrée à l'histoire des sciences.

Mon idée de lancer un périodique d'histoire des sciences résulte principalement de trois lectures : Gaston Bachelard, Michel Foucault et George Sarton.

A suivre...

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Willy Aubert 08/10/2015 11:14

Mais non, Jean, tu n'es pas vieux, tu commence seulement à atteindre ta maturité...