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Jean C. Baudet

Testament philosophique 2

9 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

J'ai donc décidé d'entreprendre, ici même, la rédaction, en termes aussi simples que possible, des conclusions auxquelles aboutissent mes travaux. Je ne parlerai pas de mes travaux en biologie végétale (quelques années seulement) représentés par une quinzaine de publications, mais je me bornerai à l'essentiel, qui est une tentative (désespérée ?) de répondre aux grandes questions de la philosophia perennis. Pour ce faire, il me faut revivre les cinquante-cinq dernières années de ma vie et rechercher dans ma mémoire les souvenirs de cette existence, ce qui procure cette tendre et amère émotion que l'on appelle la nostalgie. Je dois m'intéresser à "moi" pour obéir à l'injonction de Socrate ("connais-toi toi-même"), pour tenir compte de la sublime leçon de Descartes (toute philosophie commence par la prise de conscience d'un moi : "je" pense donc "je" suis), et en somme pour l'excellente raison que de tous les hommes ayant pollué la Planète je suis celui dont l'observation m'est la plus commode. Mes nombreux ennemis diront que c'est de l'égoïsme, de la prétention narcissique, de l'arrogance... Qu'ils le disent, car il faut laisser vociférer les imbéciles. Les moins sots seront bien obligés d'admettre que tout travail philosophique sérieux commence par une introspection, c'est-à-dire par un examen de conscience.

Une vie d'éditeur (1978-1997)

J'ai donc lancé la revue Technologia, dédiée à l'histoire de la science et de la technologie, à Ixelles (Bruxelles), en 1978. J'allais être éditeur pendant près de vingt ans. Je quittais le monde suave et confortable de l'enseignement et de la recherche pour la "vraie vie", c'est-à-dire pour une position de chef d'entreprise (une entreprise très modeste), et j'allais apprendre sur le tas l'art difficile de la gestion, que les Américains déclinent en deux mots : management et marketing. Je découvris, dans le concret de contacts avec mes clients, mes fournisseurs et mes employés, quelques principes simples et impitoyables, tels que "on n'a rien pour rien", ou encore "tous les hommes ne sont pas égaux dans le travail", et plus généralement ce que l'on appelle les "lois du marché".

Malgré une substantielle subvention du Ministère belge de l'Education nationale et plusieurs centaines d'abonnés, l'exploitation de Technologia ne dégageait pas un bénéfice satisfaisant et nous cherchâmes, ma femme et moi, d'autres activités d'édition. Grâce à un ami ingénieur, Francis De Ridder, je rencontrai quelques dirigeants d'associations belges d'ingénieurs et, dès 1979, je lançais la Revue de l'Ingénieur industriel, qui était un magazine tiré à plusieurs milliers d'exemplaires. La vente d'espace publicitaire engendra un chiffre d'affaires qui augmenta rapidement. Malgré la crise pétrolière de l'hiver 1973-74, il y avait encore, en Belgique et surtout en Wallonie, un beau paysage industriel, et j'eus parmi mes annonceurs des sociétés comme les ACEC, la MBLE, la SABENA, Cockerill Sambre, toutes entreprises qui ont aujourd'hui disparu. La belle croissance de mon magazine m'incita à adopter une forme juridique, et le 22 juillet 1981 je créais l'APPS, Association pour la Promotion des Publications Scientifiques, avec une juriste, Carla Vanderperren, un écrivain, Bernard Goorden, et un ingénieur, Jacques Dupont. L'APPS publiait régulièrement Technologia et la Revue de l'Ingénieur industriel, mais entamait également l'édition d'ouvrages scientifiques et techniques. Et l'APPS commençait à engager du personnel, en constatant que l'ardeur au travail n'est pas équitablement répartie chez les Belges. En 1987, la Revue changeait de titre et devenait Ingénieur et Industrie. L'aventure de l'APPS se termina en 1997 : l'arrivée d'Internet dans le monde des affaires faisait brutalement chuter la rentabilité de la publicité "papier", du moins pour la publicité industrielle, d'autant plus que la désindustrialisation de la Belgique raréfiait dramatiquement le nombre d'annonceurs potentiels.

Pendant cette période qui va de 1978 à 1997, j'exerçai en fait trois activités, l'édition, le journalisme et la philosophie. En effet, pour diminuer les frais de production, je faisais peu appel à des journalistes, et je rédigeais moi-même de nombreux articles pour former le contenu rédactionnel de mes périodiques (souvent, je signais d'un pseudonyme). C'est ainsi que j'assistai, en Belgique et à l'étranger, à de nombreuses conférences de presse qui me permirent d'acquérir une certaine connaissance des milieux économiques européens. Quand le magazine Ingénieur et Industrie cessa de paraître, sa diffusion avait atteint les 23 mille exemplaires. Il s'agissait de la diffusion effective, régulièrement contrôlée par le CIM, le Centre d'Information des Médias.

Mais je n'oubliais pas la philosophie ! Pendant toutes ces années, je ne cessai pas de méditer les grands problèmes de l'existence des dieux et des hommes, et je me spécialisai - la direction de mes revues me procurait un observatoire privilégié - dans l'étude épistémologique non seulement de la science, mais aussi de la technique et de l'industrie. Au début des années 1980, je proposai deux concepts : "éditologie" (la science est un ensemble de textes édités selon des modalités spécifiques) et "STI" (continuum épistémique science-technique-industrie). En 1985, je commençai à enseigner, tout en continuant à diriger l'APPS, la Philosophie de la technique et l'Histoire de la profession d'ingénieur dans le cadre du Programme inter-universitaire d'Histoire des sciences du FNRS. Je donnai aussi régulièrement des conférences de philosophie dans une école d'ingénieurs, l'Institut Supérieur Industriel de Bruxelles.

A suivre...

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