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Jean C. Baudet

Testament philosophique 4 (sur la poesie)

11 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Et je continue - c'est le 4ème jour - à réexaminer les moments de ma vie, à étudier mon existence, à observer mon moi, parce que l'étude du moi est le seul chemin qui mène à l'Être, si toutefois l'Être est atteignable. Car c'est le fondement incontournable de la gnoséologie : on ne peut connaître un être qu'à partir de son être, et connaître c'est toujours observer, c'est-à-dire ressentir. C'est ce qu'a découvert Aristote en s'opposant à la théorie de la réminiscence de Platon, et aucun des grands philosophes (Descartes, Locke, Kant, Husserl...) n'a pu le dépasser sur ce point. Quoi qu'on dise, pour qu'il y ait connaissance d'un objet par un sujet, il faut qu'il y ait une connexion entre l'objectif et le subjectif.

Chez les poètes (1999-2012)

C'est en 1999, alors que je travaillais à la construction d'une histoire critique de la science et de la non-science, que je fis la connaissance du poète bruxellois Emile Kesteman (1922-2011). Il avait fondé, en 1982, le Grenier Jane Tony, une espèce de salon littéraire où se réunissaient des poètes. Je dois le confesser, il y avait, parmi les membres du Grenier, plus de Trissotin que de Baudelaire... Tous les samedis, l'après-midi, inspirés ou non selon la saison, les sociétaires du Grenier, sous la présidence aimable et bienveillante de Kesteman, se rassemblaient dans un restaurant grec à Ixelles, le Syrtaki. L'un après l'autre, ils récitaient un ou deux poèmes, qui étaient pour la plupart publiés dans la revue Les Elytres du hanneton. Pendant quelques années, je fréquentai le cénacle d'Emile très régulièrement, et je participai au cérémonial des lectures. C'est ainsi que je publiai quelque 70 poèmes dans Les Elytres. Je rencontrai quelques poètes de qualité, notamment : Jean-Louis Crousse, Gaëtan Faucer, Jacques Goyens, Liza Leyla, Louis Mathoux, Isabelle Fable, Isabelle Bielecki, Marcel Hennart...

Si je me pliai à l'exercice un peu vain de rassembler quelques mots sur une feuille blanche pour évoquer, par anaphores, métaphores et métonymies, des sentiments variés et pour provoquer, chez l'improbable lecteur, des émotions d'enchantement "poétique", et si je me livrai à cet exercice avec assiduité pendant plusieurs années, c'est parce que j'avais rencontré, au Grenier, quelques poètes qui m'expliquèrent, le plus sérieusement du monde, que leur "travail" consistait à chercher "le sens de la vie", à "exprimer l'indicible", et à s'approcher par leur "démarche poétique" de l'ineffable et des vérités inaccessibles aux pauvres ploucs prosaïques qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez. Ce fut pour moi une révélation enthousiasmante. J'avais trouvé mon chemin de Damas ! Alors que je croyais, sot que j'étais, qu'il n'y avait que deux systèmes de pensée (la science et les religions), les poètes du Grenier Jane Tony m'apprenaient qu'il y avait une troisième voie de connaissance : la poésie. Le poète plus savant que les hommes de science et mieux inspirés que les religieux ! Toutes mes recherches, qui m'avaient pris tant d'années, s'écroulaient. Je ne devais plus rechercher la vérité chez Darwin et chez Einstein (lamentables ignares ignorant tout de la voie poétique), ni dans les évangiles ou le Coran, mais dans les poèmes des successeurs de Verhaeren et de Maeterlinck. Je me mis fébrilement à me documenter, étudiant pendant des jours et des jours, à la Bibliothèque Royale de Bruxelles, les poèmes (de l'indicible et de l'ineffable) de 1.120 poètes belges, morts ou vivants. Je me mis aussi à lire les historiens de la poésie, les poéticiens et les sémiologues, et je finis par publier le résultat de mes recherches dans le domaine enchanté de la cognition poétique : Une philosophie de la poésie (L'Harmattan, 2006).

Outre mes poèmes publiés dans Les Elytres et dans quelques autres revues littéraires, j'ai produit, en auto-édition à faible tirage, deux recueils de poèmes et un roman poétique (Les mystères de Konioss, 2012). Je mis fin à mon aventure poétique en 2012 : la connaissance par le poème n'est qu'une illusion, ou une supercherie. La poésie enchante (c'est déjà très admirable), et la philosophie fait déchanter, révélant les trucs et les ficelles des faux savoirs. La poésie est un divertissement, qui peut procurer, comme la musique, d'intenses plaisirs, mais qui, hélas, n'ouvre aucune porte sur ce qui existe vraiment.

A suivre...

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Yves Lanthier 11/10/2015 17:18

J'ai un sujet de réflexion ces temps-ci sur un point de musique, qui peut s'appliquer à la poésie:
- J'ai vu que certain critique de l'époque disait des concertos de Rachmaninov qu'ils «ne menaient nulle part»;
- Et récemment, ma prof de chant (anglophone de souche, mais excellente locutrice du français) a utilisé exactement ces mots pour... complimenter un certain fragment de mélodie de la pièce pour voix et piano Vocalise du même compositeur. Ce fut sa façon d'exprimer son émerveillement.