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Jean C. Baudet

Testament philosophique 8 (sur les valeurs)

21 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique

Les trois questionnements de l'existence humaine sont interdépendants et indissociables. Ce n'est que pour des raisons didactiques que l'on distingue épistémologie, ontologie et éthique. Car pour connaître l'être, il faut préalablement connaître les modalités de la connaissance, et pour déterminer celles-ci, il faut déjà savoir ce qui existe vraiment, c'est-à-dire savoir ce qu'est l'être ! Et ce n'est qu'en connaissant l'être que l'on dispose du fondement indispensable (mais inatteignable) de propositions d'action. Il y a donc une circularité imparable entre les trois problèmes de la philosophie : connaissance, être, action, ce qui conduit au scepticisme. Il n'y a plus de vérité accessible pour le philosophe, sinon l'évidence de sa propre existence, difficilement récusable. Mais la vie concrète transforme le cogito cartésien pour exprimer le tragique de la condition humaine : "je suis, donc que vais-je devenir ?" C'est la "découverte" du rapport insoluble entre l'être et le temps, faite par Heidegger en 1927, et par Hegel avant lui. L'homme est un être historique.

Il nous faut donc étudier l'histoire. C'est-à-dire la construction, au cours du temps, de la technique, des poèmes et des mythes, des religions, des idéologies et des anathèmes, de la philosophie, de la science et des théorèmes. Cette étude des systèmes de pensée, dont la chronologie me paraît significative, m'a conduit au matérialisme, qui consiste à penser comme illusoires et fantasmatiques toutes les suppositions d'existence d'entités "spirituelles" (anges, démons, commandements divins...), et donc à rejeter toutes les religions. Je veux bien que l'on décrive cette position comme "la croyance qui rejette toutes les croyances". Le scepticisme impose le pari.

Mais, en attendant le néant, il faut bien vivre, et l'homme a besoin d'une éthique, même s'il est impossible d'en fonder une sur un socle irrécusable. Cela revient à construire des valeurs, forcément relatives (humaines, trop humaines), et à refuser toute soi-disant valeur transcendante. Il me semble que l'homme ne peut vivre qu'avec d'autres hommes, et qu'il désire éviter autant qu'il est possible la souffrance. Je serais donc enclin à proposer comme fondement (non transcendant) de l'éthique le précepte "tu ne feras pas souffrir". Il ne s'agit pas de sacraliser l'homme en un "humanisme" qui ne serait qu'un ersatz de religion, mais il faut se donner une règle de vie pour supporter si possible les douleurs de l'existence. Il ne faut pas, me semble-t-il, bâtir le "vivre ensemble" sur des songes, encore moins sur des mensonges, mais sur l'évidence existentielle.

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