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Jean C. Baudet

In memoriam Jean C. Baudet

2 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature

Je suis très fatigué. Je suis très vieux. Je vais bientôt mourir. J'ai atteint l'âge qu'avait Socrate devant ses juges, et je comprends maintenant pourquoi il ne s'est pas enfui, alors qu'il savait qu'il serait condamné à la ciguë. Il était jugé arrogant, irrespectueux de toutes les croyances, subversif et se moquant des prétentions éthiques de la démocratie athénienne. Comme je me suis moqué, comme je me moque encore des séquestrés de la Pensée Unique, des agitateurs d'Espoir, des activistes des "valeurs", des donneurs de leçons de morale ! Car j'ai repris à mon compte la grande interrogation de Socrate : qu'est-ce que la vertu, qu'est-ce que le bonheur ? Et je n'ai rencontré que des illusions et des mots vides.

J'ai donc atteint le temps des souffrances ultimes et de la mort. Que pensait Sartre au même moment de son "existence" (son existence qui ne précédait plus que le néant), quand il devenait aveugle, alors qu'il fut un si fringant intellectuel ? Que pensait Hegel quand il fut emporté par le choléra, alors qu'il fut un professeur si écouté ? Que pensait Descartes mourant des suites d'un refroidissement ? "Je pense, donc je fus", peut-être...

Certains de mes lecteurs me jugent arrogant, irrespectueux de toutes les croyances, subversif, et trouvent que je me moque avec trop d'entrain du moralisme bêtifiant qui caractérise nos temps de malheur. J'ai répandu mes détestations et mes sarcasmes dans une quarantaine de livres et dans quelques centaines d'articles et de poèmes, et j'ai exercé comme j'ai pu mon métier d'écrivain et de philosophe. Maintenant, mon oeuvre est achevée, et je ne publierai plus de livres. Tant mieux, diront mes ennemis - croyants de toutes les espèces, snobs de toutes les modes, activistes de toutes les causes. Je continue, presque mécaniquement, à écrire des billets dans ce blog, que je dédie aux happy few qui savent lire sans se draper d'indignation quand ils rencontrent une pensée contraire à leurs convictions.

Je vais mourir, ignorant encore les symptômes qui me conduiront à la déchéance et à l'agonie. Souffrant de partout, plus ou moins paralysé, devenu aveugle sans doute, rongé par un cancer et goûtant des douleurs inouïes, je baignerai, incontinent, dans mes sueurs et mes sanies, dans les odeurs humiliantes de mes déjections, dans le dérèglement de tous mes sens. En attendant, je poursuis ma recherche des déterminations de l'Être en tant qu'être (to on è on), entamée il y a cinquante ans quand je m'initiais aux résultats des plus hautes pensées des quelques grands esprits qui ont donné un peu d'honneur à l'Humanité. Je relis (tant que mes yeux peuvent lire) Marx et Lénine, Schopenhauer et Spinoza, le Kojiki et le Discours de la méthode, et je tente d'utiliser ces lectures pour acquérir - sans trop d'illusion - quelques idées sur le Réel. Jusqu'à présent, je n'ai qu'une idée dont je suis parfaitement sûr : je vais beaucoup souffrir.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Ivette Bauthière 02/11/2015 09:56

Et moi qui ne vous connais que depuis peu je vais aller à votre recherche à travers tout ce que vous avez écrit.Et pour lequel je vous remercie d'avance.Bonne continuation.