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Jean C. Baudet

La philosophie : recherche de l'Etre

20 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

La philosophie n'est pas une simple soif de connaître, comme la botanique qui a l'ambition de déterminer la diversité végétale, ou comme l'astronomie qui compte les étoiles. Car à quoi bon connaître le nombre des galaxies ? La philosophie n'est pas une occupation, un passe-temps, une "discipline" comme le droit pénal ou l'entomologie. Elle est une question de vie ou de mort, c'est-à-dire de plaisir ou de malheur, et les Grands Anciens avaient raison de la définir comme la recherche du bonheur. Il faut, pour vivre, savoir si la vie vaut la peine d'être vécue, et on ne l'apprend ni en se pliant aux rites et aux mythes d'une tradition, forcément relative et disqualifiée par son historicité, ni en se fiant à des intuitions qui, fruits de l'imagination et de l'émotion, ont toutes les chances d'être des ruses de l'instinct vital. Doutant des traditions de la société dont il fait partie comme des sentiments qui lui viennent d'un corps poussé à persévérer dans l'existence, le philosophe cherche à connaître l'à-venir de cette existence, et très concrètement s'il va souffrir avant la mort (la réponse est manifestement oui) et après la mort (c'est ici que tenter de répondre conduit à des abîmes de difficultés).

Pour connaître l'à-venir, c'est-à-dire la condition humaine, les aléas probables de l'existence, il faut à l'évidence connaître tout ce qui existe vraiment, puisqu'un "aléa" ne peut provenir que de ce qui existe, de l'Être. Il faut admettre comme base de la réflexion cette évidence de la vie quotidienne : tout ce qui arrive à l'homme, plaisir ou souffrance, a son origine dans un extérieur au "moi", il peut s'agir du corps même (c'est le domaine de la médecine) ou des innombrables "choses". Depuis Aristote, la philosophie (étude de l'Être) se subdivise en ontologie (étude de l'Être en tant qu'être), cosmologie (l'Être en tant que monde), anthropologie (l'Être en tant qu'homme), théologie (l'Être en tant que source - réelle ou illusoire ? - des traditions religieuses).

Le premier texte nous étant parvenu tentant une étude de l'Être est le Péri physéôs de Parménide d'Elée (vers 475 a.c.), dans lequel l'auteur réfléchit aux rapports entre être et néant (non-être) et arrive à la conclusion que l'Être (le Réel) est rationnel, connaissable par la raison humaine, et qu'il est inengendré, immuable, impérissable, immobile, sans vides et homogène. Ce résultat du "rationalisme", manifestement contraire à l'expérience, montre l'insuffisance du travail logique (logos : raison) pour connaître les choses. Ce sera Aristote, un siècle plus tard, qui montrera que la connaissance de l'Être nécessite que le raisonnement soit basé sur des observations (empirisme).

Depuis les Grecs, la réflexion philosophique est basée sur la dualité du moi et du non-moi, du sujet et de l'objet, de la conscience et du réel extérieur à la conscience (les réalités mondaines). Cette "scission dans l'Être" semble incontournable, et correspond à une opposition radicale entre une recherche qui part de l'objet (les physiciens de Milet, les atomistes, Aristote, les épicuriens, etc.), minoritaire dans l'histoire de la philosophie, et une recherche qui commence par une interrogation du moi, qu'il s'agisse de Socrate, de Descartes (cogito, ergo sum), de Kant, de Husserl, etc.

Pour ma part, j'ai entamé ma recherche, à la fin des années 1960, sur la base d'une double constatation : 1° l'oubli de la Technique par la philosophie contemporaine (malgré les travaux de Heidegger, d'ailleurs très ambigus), 2° le primat de la Technique dans le développement de la pensée humaine. La Technique (l'Outil), en effet, apparaît, dans l'histoire des espèces humaines, longtemps avant le Langage et donc la Culture !

L'étude critique des commencements de la Technique m'a montré l'insuffisance des épistémologies idéalistes (Popper, Bachelard, Kuhn...) qui n'ont pas analysé correctement le lien entre Technique et Science. Je rejoignais ainsi l'idée centrale du marxisme, que le moteur de l'Histoire est l'évolution des "moyens de production" (les outils et les machines). J'ai tenté ensuite de relier ce constat du primat de la Technique à une ontologie matérialiste et à une épistémologie néo-scientiste. La Science nous présente l'homme comme un tube digestif formé de cellules douées d'une "volonté" d'existence et de multiplication, accompagné par un réseau de cellules spécialisées dans la coordination intercellulaire (les neurones). Ainsi, l'homme est non seulement un "être-pour-la-mort" (Heidegger), c'est aussi un "être-pour-manger" (c'est-à-dire un animal) et un "être-pour-penser", et notamment pour penser ses souffrances. Cette vision matérialiste et scientiste me conduit à déterminer l'Être comme "totalité des étants" (avec ou sans conscience), dont il faut regarder l'existence et l'évolution comme des données factuelles, qu'il est peut-être vain d'interroger : l'Être est (Parménide) et l'Être devient (Hegel), voilà peut-être l'horizon indépassable de l'ontologie.

Une vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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