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Jean C. Baudet

Sur l'evolution de la pensee

1 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Philosophie

Sur l'evolution de la pensee

Il est fascinant de constater que l'histoire de la pensée humaine est dominée par quatre inventions décisives, 1° la Technique, 2° la Philosophie, 3° la Science, 4° la Technologie. L'invention de la Technique correspond - il y a des millions d'années ! - à l'apparition même de l'Humanité, puisque c'est par la fabrication d'outils que l'homme se distingue de l'animal. L'invention de la Philosophie (c'est-à-dire de la pensée libérée des enfermements des traditions) date de 600 a.c. (Thalès de Milet, en Grèce). L'invention de la Science (c'est-à-dire de la recherche intellectuelle aidée par une instrumentation) a lieu entre 1543 (Copernic, Pologne) et 1610 (Galilée, Italie). L'invention de la Technologie (qui est la Technique rendue plus efficace par la Science) se passe entre 1765 (Watt, Grande-Bretagne) et 1800 (Volta, Italie). Trois "révolutions successives", que l'on peut appeler des "moments dialectiques" (Hegel), des "états successifs" (Comte), des "évolutions des moyens de production" (Marx), des "franchissements d'obstacles épistémologiques" (Bachelard), des "changements de paradigme" (Kuhn).

Ces inventions sont décisives, car elles ont modifié en profondeur la condition humaine, c'est-à-dire le rapport entre l'humain et l'Être. D'autres inventions culturelles sont certes importantes et provoquent notre admiration : la Peinture, la Musique, les Religions, la Danse... Mais elles n'ont pas bouleversé l'Humanité jusqu'en ses fondements, et elles restent morcelées. La Technique, la Philosophie, la Science et la Technologie sont unifiées, alors qu'il y a une diversité des Arts, des Religions, des Idéologies. Cette unification est la conséquence du caractère perfectible de ces quatre productions. Il n'y a pas de "progrès" des peintures des grottes de Lascaux aux toiles de Mondrian ou de Kandinsky, ni de Mozart à Thelonious Monk, l'idée de "progrès" ne s'applique pas aux productions artistiques ou idéologiques (quel progrès chez Baudelaire ou chez Cocteau par rapport à Villon ?). Il faudrait être singulièrement aveugle pour nier qu'il y a progrès dans la vision du monde d'Aristote (Philosophie) à Newton (Science), ou qu'il y a progrès du cheval blanc de Napoléon, comme véhicule, aux avions gros porteurs de Boeing ! La logique aristotélicienne, le tableau des éléments chimiques de Mendéléev, le téléphone portable et le moteur Diesel sont universels. On ne peut pas en dire autant des religions ou des choix vestimentaires.

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Ivette Bauthière 02/11/2015 09:07

Le "caractère perfectible" des productions artistiques et idéologiques ne peut-il être contredit par le simple fait que ces productions impriment des changements profonds comportementaux chez l'homme,qui à leur tour ont des conséquences tangibles sur la "suite de son histoire"?

jeanbaudet.over-blog.com 03/11/2015 17:38

Le transhumanisme, thème de science-fiction, est en effet devenu réalité. Il suffit de songer à ce que serait la vie de millions de myopes s'ils n'avaient pas de lunettes ! Cela montre bien la pertinence de ma thèse d'évolution de l'esprit humain, qui est passé par les stades de la Technique, de la Philosophie, de la Science et de la Technologie. La Technologie est bien la Technique "augmentée" par la Science. Il serait puéril de mettre sur le même plan épistémique une pirogue préhistorique faite d'un tronc d'arbre évidé et un sous-marin nucléaire dont la conception a exigé des milliers d'heures de calculs d'ingénieurs ! J'ai enseigné cette question dans un cours de "Philosophie de la Technique" (FNRS, 1985-1993), dont une partie a fait l'objet de mon livre "Le Signe de l'humain. Une philosophie de la technique" (L'Harmattan, Paris, 2005). Quand je parle de 4 stades, ils s'additionnent mais ne se remplacent pas. Aujourd'hui encore, même dans les pays industrialisés, la Technique (artisanat) subsiste à côté de la Technologie. Et si la Science correspond à "Philosophie + Technique", il subsiste encore une activité philosophique, du moins dans les quelques pays où la pensée libre est encore possible...

Ivette Bauthière 03/11/2015 16:45

Entendu à Fr Culture une revue de presse.Dont de "La Croix" du 3/11.L'article évoquait certains progrès technologiques en concluant qu'il s'agirait alors de "transhumanisme":Des progrès en biologie,nanologie ... débouchent sur de la réflexion philosophique.Puisqu'ils transforment l'homme avec des apports non plus seulement qualitatifs mais quantitatifs.

Jean C. Baudet 02/11/2015 09:56

Votre commentaire mériterait une longue réponse. La philosophie s'efforce de distinguer, et il me semble que les différentes productions culturelles ont des caractéristiques différentes. Bien sûr qu'il existe une "Histoire de l'Art" comme il existe une "Histoire de la Technique". Et vous avez raison de noter que certaines oeuvres d'art induisent des changements comportementaux. Mais ontologiquement le rapport au Temps est différent chez l'artiste et chez l'ingénieur. L'artiste a pour mission sociale de produire du "nouveau", du "jamais-encore-vu", avec pour fin la contemplation. On demande autre chose à l'ingénieur, qui est de "perfectionner" un système technique existant pour être amélioré. On "améliore" un moteur ou un téléphone, on n'améliore pas un tableau ou une symphonie.

réveil des masses 01/11/2015 10:02

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jeanbaudet.over-blog.com 02/11/2015 10:45

Tout vient des sens, surtout vision (Art plastique) et audition (Musique). Mais, si l'on considère l'Histoire jusque dans ses plus lointaines origines, il faut bien admettre que la technique est de loin antérieure à l'art. Même si peut-être le premier hominien qui a fabriqué par percussion le premier outil tranchant à partir d'un caillou a "admiré" la forme conchoïdale de la pierre éclatée. Il y a plus qu'un trait d'union entre l'art et la technique : c'est le même geste originel (la violence du coup d'une pierre marteau sur une pierre enclume) ! On peut d'ailleurs imaginer notre hominien écouter avec ravissement les bruits provoqués par les chocs : la technique est peut-être née de la musique (voir Bachelard).

Yves Lanthier 02/11/2015 10:27

Il y a ici un fort trait d'union entre l'art et la technique, et le brillant interprète dont parle le brillant critique me fait penser à l'historien ou à l'épistémologue qui rend *enfin* justice à un fait d'histoire ou à un jalon de science:
«… Mais le pianiste va bien plus loin: il conceptualise sur piano moderne une différenciation dans les notations una corda et tutte le corde. Cette distinction sonore était "facile" sur les instruments du temps de Beethoven, le marteau frappant une corde (una corda), deux, ou trois par l’action d’une pédale dite "modérateur". Sur son Steinway, András Schiff nous a sorti des nuances irréelles dans le 3e volet de l’Opus 110. À ce titre, je n’ai jamais entendu, et n’entendrai plus jamais, au début de cet adagio ma non troppo, autant de différenciations sonores dans la vingtaine de répétitions de la note la.»
http://www.ledevoir.com/culture/musique/453829/critique-concert-rever-l-irreel-avec-andras-schiff