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Jean C. Baudet

Une analyse philosophique du djihad

22 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Religion, #Islamisme

Les tentatives d’explication du djihadisme contemporain par la doxa sont manifestement insuffisantes. A gauche, on retrouve les imprécations habituelles contre le « grand capital » et l’on présente les attentats des islamistes comme des épisodes de la lutte des classes. Ce sont des pauvres qui tuent des riches, et l’on n’hésite pas à faire des USA et de l’Occident les « responsables » du djihadisme. Entre parenthèses, je remarque que la doxa continue à appeler « pays riches » les Etats qui sont les plus endettés ! Le fameux complexe militaro-industriel responsable des tueries du 11 septembre, de Charlie-Hebdo et du Bataclan !!! A droite, on rend la gauche responsable de laxisme et d’angélisme, et l’on attribue le djihadisme nouveau (nouveau depuis quelques décennies, tout de même) à l’immigration massive et incontrôlée, qui fait venir sur le territoire des pays occidentaux des migrants nombreux, où l’élément musulman est largement majoritaire. La gauche ne veut pas voir le lien entre djihad et religion, quand la droite voudrait (espérons qu’elle se trompe) découvrir dans tout musulman un djihadiste qui s’ignore.

Les explications par l’économie, la sociologie ou la psychologie sont insuffisantes. Tous les pauvres ne massacrent pas au nom d’Allah ! L’origine sociale et le profil psychologique des djihadistes sont très divers, on trouve des musulmans de souche et des convertis récents à l’islam, on trouve des Arabes, des Russes, des Français, on trouve des hommes et des femmes. Les seuls points communs des combattants de la nébuleuse djihadiste, qu’on le veuille ou non, sont le goût de la violence spectaculaire et la référence à la religion mahométane.

Il faut donc aller au fond des choses, analyser les caractéristiques ontologiques de la condition humaine, et il faut étudier l’Histoire.

La notion de djihad remonte aux origines mêmes de l’islam, au VIIème siècle. Il s’agit du combat, de la lutte pour propager l’islam, par tous les moyens possibles, y compris par la force. On sait que l’irrésistible expansion de l’islam pendant les siècles qui ont suivi la mort de Mahomet s’est faite par l’épée, contrairement à l’expansion du christianisme qui, au début de son histoire, s’est faite par les discours. Du reste, la notion de « guerre sainte » est reprise par les chrétiens à la fin du XIème siècle, en réponse aux exactions commises contre les chrétiens par les musulmans à Jérusalem. Il résulte de ces données historiques irrécusables que le djihad est une idée religieuse, même s’il est évident que l’idée de combattre pour répandre une religion se mélangera à des motivations moins « spirituelles », économiques et politiques. Mais dans les multiples causes d’un fait humain (généralement complexe), il faut savoir distinguer la cause première, vraiment originaire, et les causes secondes.

D’où vient alors qu’une religion nouvelle détermine qu’il faut répandre cette croyance par la force des armes ? Il faut chercher dans les profondeurs de l’esprit humain, qui réagit selon les conditionnements locaux à la condition humaine de finitude. L’être humain est un être qui paraît dans le monde pour disparaître, mais avec la volonté (la poussée biologique) de persister dans l’être. Dès le développement du langage et de la conscience (il faut remonter à la Préhistoire), l’imagination invente une existence prolongée après la mort et s’attache fanatiquement à cette foi. C’est l’origine du fait religieux. Il appartient aux historiens d’essayer de comprendre pourquoi, par exemple, le Juif Jésus a voulu instaurer une foi nouvelle par la douceur alors que l’Arabe Mahomet a voulu imposer une foi nouvelle par la violence.

Reconnaître que le djihad est un élément constitutif de l’islam, et noter que les masses sont attachées souvent avec véhémence à leur religion, cela montre que les aventures d’Al-Qaïda, de Daech et des autres groupes islamistes ne sont que des péripéties dans la longue histoire des religions.

Il me semble que si l’on accorde une certaine valeur à la personne humaine, il faut combattre le djihad par les armes et aussi par la théologie. Peut-être les penseurs musulmans arriveront-ils à « moderniser » la notion de djihad, et à la débarrasser de ses appels à la violence. Est-ce se bercer d’illusions que d’espérer que bientôt les agnostiques pourront continuer de penser par eux-mêmes et que les croyants de toutes les religions pourront vivre leur foi dans la liberté, la sérénité et la fraternité ?

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Yves Lanthier 22/11/2015 13:16

- «Les seuls points communs ... sont le goût de la violence spectaculaire et la référence à la religion mahométane». J'ajouterais la considération du suicide: envisager son propre suicide ou en accepter l'idée si on est du genre qui subit, se proposer d'envoyer les autres à la mort si on est du genre intimidateur et si on a du charisme — et ce, en tant que continuum, évidemment.
- «... il faut combattre ... par la théologie». Je dirais plutôt que les théologies sont à combattre comme toutes les autres tautologies, qui sont l'une des formes du sophisme. Et les sophismes ne sont pas tous inoffensifs...