Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Humanite et Technique

2 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique

Je voudrais consacrer ma chronique d’aujourd’hui (en ces temps de misère) à l’humanité, en rappelant d’abord qu’il ne faut pas confondre « humanité » (concept qui est l’ensemble des caractères qui distinguent l’homme de l’animal) et « Humanité » (objet observable qui est la totalité des hommes passés, présents et à venir). Le caractère le plus spécifique de l’homme, originaire et donc essentiel, est la Technique. Avant d’être un animal politique (Aristote) ou un roseau pensant (Pascal), ou un être qui rit (Rabelais), ou un étant chez qui l’existence précède l’essence (Sartre), l’humain est un singe capable de concevoir, de façonner et d’employer des outils. Tous les anthropologues s’accordent pour admettre que l’outil a été inventé bien avant l’invention du langage et donc de la pensée, de l’organisation sociale, de la culture… Il faut donc concevoir qu’au cours de l’évolution biologique des Primates (qui correspond spécialement à la complexification orthogénétique du système nerveux central, c’est-à-dire de l’intelligence), un moment critique est advenu (avant même l’apparition des espèces du genre Homo) où l’intelligence a atteint un degré suffisant permettant la conception d’outils, et cette intelligence, capable de s’intensifier, explique que l’on assiste, tout au long de la Préhistoire puis de l’Histoire, à un progrès technique constant. Il serait puéril de prétendre qu’il n’y a pas progrès de l’industrie lithique acheuléenne à la remarquable diversité des outils des Magdaléniens, ou que le progrès n’existe pas quand on passe du téléphone fixe d’Alexander Graham Bell aux smartphones actuels !

La définition de l’homme est donc claire : c’est une bête technicienne. Non pas un animal qui construit des nids (comme les oiseaux), toujours immuablement identiques, mais un animal dont l’intelligence est suffisamment développée pour concevoir sans cesse de nouvelles améliorations : pompe à feu (Savery), machine atmosphérique (Newcomen), machine à vapeur (Watt), moteur à explosion (Lenoir), moteur à allumage par compression (Diesel)… Les araignées, il y a mille ans, faisaient des toiles comme aujourd’hui, mais il ne reste plus grand-chose de l’outillage du Xème siècle !

Après l’invention de la Technique, c’est-à-dire le commencement même de l’Humanité, l’homme inventera les langues, imaginera des rites et des mythes, fondera les organisations sociales avec l’institution de la royauté et des religions, et développera la philosophie, puis la science, puis la technologie.

Quelle belle aventure ! Quel magnifique accomplissement ! Parce que son plus lointain ancêtre, à l’aspect encore si simiesque, a eu l’intelligence de frapper un caillou avec un autre caillou, obtenant l’innovation absolue d’un tranchant, l’homme a inventé des moyens de plus en plus perfectionnés pour se nourrir (pour vivre) et des systèmes de plus en plus complexes pour faire « vivre ensemble » des milliers, puis des millions d’individus. L’homme technicien a inventé des utilités, puis des futilités qui l’enchantent, le vin et les saucisses, la musique et la danse, la poésie et les romans, l’alpinisme et le tourisme en avion, la bicyclette et les chapeaux, le rock and roll et les sextoys.

N’est-ce pas admirable ? C’est l’outil – le marteau et l’enclume – qui distingue les espèces humaines des espèces animales. C’est en voulant progresser que l’Humanité s’est libérée – partiellement – des fatalités de la Nature. Même les technophobes les plus obtus n’échappent pas au primat de la Technique ! Pour rejeter le « système technicien » (Ellul), la « société de consommation » (Baudrillard), le « système militaro-industriel » (Illitch), ils utilisent quand même la Technique, diffusant leurs idées par l’imprimerie, la radio, la télévision… L’idéalisme n’est pas à une contradiction près !

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article