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Jean C. Baudet

Du journal intime aux reseaux sociaux

27 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je tiens un « journal » (des cahiers de papier) depuis le mois de février 1962, et le présent blog depuis décembre 2010. Mon blog remplace partiellement mon journal, mais seulement partiellement, car il m’arrive encore de décrire ma mélancolie sur le papier. Mon journal n’étant destiné qu’à moi-même, je n’y fais aucun effort de style, mais mon blog est ouvert au public, et dès lors – sans cependant sacrifier à l’esthétisme – j’y soigne ma phraséologie, et il m’arrive même, dans cette chronique de mes ruminations mentales, de penser à mes lecteurs, et de tenter de leur rendre compréhensibles les arcanes de l’épistémologie et de l’ontologie que je m’efforce de disséquer. Je fais relativement peu allusion à l’Actualité, l’objet de ma recherche étant mon « moi », qui est l’âme déçue, désenchantée, d’un vieillard valétudinaire devenant cacochyme et égrotant, portant le sac lourd et dérisoire de ses espérances de la maturité et le baluchon futile de ses rêves d’adolescent. Ma devise est « connais-toi toi-même », comme Socrate, ou « que sais-je ? », comme Montaigne, et je suis (j’éprouve douloureusement l’existence de mon être) parce que « je » pense, comme Descartes. La philosophie ne naît-elle pas quand le penseur passe du « nous » au « je », c’est-à-dire quand il se libère des traditions de sa tribu ?

Il m’arrive parfois de penser à mes lecteurs (quelques dizaines d’hommes et de femmes, dont quelques assidus), dont certains doivent être ahuris de trouver un effort de penser sur Internet, réceptacle prodigieux par sa technologie (on est loin des cahiers de papier), mais lamentable comme recueil de plaisanteries obscènes et vulgaires, de niaiseries sentimentales, de slogans puérils et d’injonctions abjectes, de poèmes infantiles ou saugrenus. Toutes les ignominies, tous les avilissements, toutes les platitudes sont véhiculées, à la vitesse de l’électron, sur le vaste réseau de câbles et de faisceaux hertziens. Je pense à Monsieur X, à qui j’ai expliqué la différence axiologique entre les valeurs relatives, construites par les sociétés, et la valeur absolue, le vrai, qui est le double linguistique et donc communicable du réel. Je songe à Madame Y, que je ne connais que par son pseudonyme (est-ce bien une femme, d’ailleurs ?), à qui j’ai tenté de résumer les concepts principaux de l’éditologie. Je songe à Monsieur Z, dont je ne connais ni l’âge ni la formation, qui a aimablement fourni quelques commentaires à l’un ou l’autre de mes billets. Penser, dans mon journal, c’était dialoguer avec moi-même. Penser, dans mon blog, c’est dialoguer avec d’autres (qui ont chacun leur « moi »). C’est pourquoi la pensée est dialectique. Arrivera-t-elle, comme le voulait Hegel, à l’avènement de l’Esprit ? Ou comme l’espérait Heidegger, au dévoilement de l’Être ?

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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