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Jean C. Baudet

Mes metiers

5 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je suis un homme heureux ! Si du moins l’on peut admettre, avec je ne sais plus qui, que le bonheur consiste à avoir fait de sa passion son métier. Et c’est bien mon état, depuis une quinzaine d’années : après avoir exercé quatre professions successivement ou simultanément, je peux enfin consacrer tout mon temps à la recherche philosophique, c’est-à-dire à lire, à écrire (y compris dans ce blog), à essayer de penser et à publier des livres. Je fus professeur de philosophie (au Burundi), biologiste (à la Faculté Agronomique de Gembloux), éditeur (à Bruxelles) et journaliste, et voilà que maintenant je m’adonne à temps plein à la philosophie. Je distingue soigneusement deux métiers, celui de professeur de philosophie (qui essaye de transmettre des savoirs) et celui de philosophe (qui tente de créer des savoirs).

J’ai commencé à m’intéresser à la philosophie à quatorze ans, alors que j’étudiais les « humanités » à l’Athénée de Wavre, en Wallonie. C’est par la lecture de La Nausée de Sartre que j’ai été amené à lire L’Être et le néant, puis à me documenter sur l’existentialisme, la phénoménologie, la psychanalyse, etc. J’étais également très attiré, en ces temps maintenant si lointains, par la physique et la chimie.

Les hasards de la vie ne m’ont pas permis d’être philosophe full time tout au long de mon existence, mais même quand j’exerçai la profession harassante d’éditeur, je réservai toujours un peu de temps pour la pensée (j’ai d’ailleurs, tout en exerçant les métiers d’éditeur et de journaliste, donné un cours de philosophie de la technique dans un programme interuniversitaire du FNRS, de 1985 à 1993, et fait quelques conférences de philosophie à l’ISIB, une école d’ingénieurs à Bruxelles).

Arrivé donc dans ma soixante-douzième année, vivant (modestement) de mes droits d’auteur, je peux me livrer totalement au métier d’essayer de connaître l’Être et de comprendre le Destin. C’est le bonheur, car je ne suis pas obligé de gagner mon pain à la sueur de mon front. Mais ce n’est pas un bonheur sans mélange ! J’éprouve, chaque jour davantage, les douleurs diverses qui accompagnent le vieillissement, et il m’arrive de plus en plus souvent des crises d’angoisse (bien autrement vive que l’angoisse un peu « littéraire » de Roquentin dans La Nausée). Car j’ai acquis une certitude (et c’est peut-être la seule certitude de toute la philosophie), c’est que je vais souffrir de plus en plus, avant de mourir. Et les souffrances de fin de vie sont abjectes. J’ai des lecteurs qui n’acceptent pas certaines de mes thèses, et c’est bien normal. Mes propositions sur l’origine du fait religieux, sur la valeur de la science, sur la distinction entre science et philosophie, sur les rapports entre technique et technologie, sur la portée cognitive de la poésie, etc., trouvent évidemment des contradicteurs, chez les idéalistes plus ou moins spirituels. Mais qui peut nier que je vais souffrir, et même que cette affirmation a une portée universelle ? Car tous les hommes sont, inéluctablement, des êtres-pour-la-souffrance, et je me demande si je vais devenir aveugle, comme Sartre, ou si je vais mourir d’une indigestion, comme La Mettrie, ou d’un cancer, comme Derrida.

En attendant, je suis un homme heureux. Qui sait que ça ne durera plus très longtemps.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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