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Jean C. Baudet

Qu'appelle-t-on penser ?

10 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Qu'appelle-t-on penser ?

La question philosophique fondamentale, la plus essentielle, est celle de la pensée (M. Heidegger : Qu'appelle-t-on penser ?, PUF, Paris, 1959). Comment cet être singulier, que l'on appelle l'homme, arrive-t-il à associer des idées pour élaborer des propositions sur lui-même et sur ce qui l'entoure, c'est-à-dire sur le réel ? Et que valent ces propositions, qui sont par exemple la théorie de la relativité du temps, ou le principe de la séparation des pouvoirs, ou encore des projets d'organisation politique ? Que vaut en fait la "civilisation" (ne pas confondre civilisation et culture), qui est la pensée concrétisée ?

C'est en pensant à la pensée, il y a longtemps déjà, qu'il m'a semblé indispensable d'observer la pensée dans sa concrétisation en livres (il faut lire les penseurs), et en essayant de classer les divers systèmes de pensée (penser, c'est d'abord classifier, distinguer, éviter les confusions et les amalgames). Il m'a semblé nécessaire d'examiner en particulier la "pensée scientifique", la "science", qui est une pensée qui, manifestement, a abouti à certains résultats indiscutables (la technologie, notamment). J'ai donc commencé mon travail par l'épistémologie "historique" (que j'appellerai "éditologie"), influencé par Gaston Bachelard (et dans une moindre mesure par Michel Foucault), en 1978, en fondant la revue Technologia (histoire de la science et de la technologie).

Ce travail a conduit, entre autres, à neuf volumes (Vuibert, Paris, 2002-2009, 3.100 pages) qui constituent une histoire complète de la pensée scientifique, le mot "complète" étant évidemment une exagération ironique, car je ne vois pas la possibilité d'écrire une histoire "complète" de quelque sujet que ce soit ! Ce travail a notamment confirmé un trait bien connu de la science (déjà remarqué avec insistance par Galilée), à savoir l'importance centrale de la mathématique dans le développement de la pensée scientifique. S'il est indéniable que l'on pense avec des mots, il est tout aussi évident que l'on pense scientifiquement avec des nombres, et plus précisément comme l'a montré Nicolas Bourbaki, avec des "structures" (algébriques et topologiques). D'où les tentatives, un peu prématurées, dans les années 1950 et 1960, du structuralisme pour fonder les "sciences humaines" (C. Lévi-Strauss : Les structures élémentaires de la parenté, PUF, Paris, 1949).

Il fallait ensuite explorer les systèmes de pensée "non scientifiques" : littératures, mythes, religions, idéologies. Ainsi s'est élaborée, dans la civilisation, l'opposition entre ce que j'appelle la "STI" (science-technique-industrie) et la "culture". L'Histoire et l'Actualité montrent que cette opposition peut être violente. Louis Althusser, en 1965 déjà (Pour Marx, Maspero, Paris), l'avait bien noté : "l'idéologie comme système de représentations se distingue de la science en ce que la fonction pratico-sociale l'emporte en elle sur la fonction théorique". Cette opposition est manifestement liée à celle que l'on constate, au lycée, entre les matheux et les lettreux, ou si l'on veut elle reprend la distinction que faisait Pascal entre l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse, entre la raison et le coeur. Il faudra demander à la sociologie, à la psychologie et aux neurosciences d'où vient et que signifie cette scission dans la pensée.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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