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Jean C. Baudet

Qu'est-ce que la philosophie ?

4 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Qu'est-ce que la philosophie ?

Il est banal de constater que, si les définitions par exemple de l’astronomie ou de l’étruscologie sont « claires et distinctes », et universellement acceptées, la définition de la philosophie donne lieu à des débats interminables. L’astronomie est l’étude des astres, et l’étruscologie est l’étude de l’histoire et de la culture des Etrusques, voilà qui ne soulève aucune polémique. Mais de quoi la philosophie est-elle l’étude ? Et d’ailleurs, est-elle l’étude d’un objet, comme le sont l’astronomie, la chimie, la sociologie ?... On rencontre souvent dans le public l’idée de la philosophie comme attitude, comme comportement face aux aléas de la vie, et le philosophe devient un être d’exception (un sage, voire un gourou) capable de supporter avec abnégation les malheurs de l’existence car, disent les malins, dans l’adversité « il faut être philosophe » ! Il y a aussi les définitions humoristiques, comme quand un tel, refermant un livre de philosophie, déclare que « la philosophie est l’art de dire peu de choses avec beaucoup de mots ». Ce quidam ajoute parfois que, bien au contraire, « la poésie est l’art de dire beaucoup de choses avec peu de mots ». Cela fait sourire, mais ne va pas très loin.

Pour définir la philosophie, c’est-à-dire pour en découvrir l’essence (eidos), il n’y a pas d’autre chemin à emprunter que celui de l’observation et de l’analyse. Il faut observer, c’est-à-dire lire les œuvres des grands philosophes, analyser leurs écrits, et s’efforcer de percevoir ce qu’il y a de commun entre les textes de Heidegger et ceux de Platon, entre les textes de Descartes et de Husserl et ceux d’Aristote et de Hegel. L’on constate alors assez facilement que si les différentes « disciplines » étudient des objets qui sont des parties du Réel (les étoiles, les molécules, les sociétés humaines…), si l’astronomie, la chimie, etc. s’enferment volontairement dans un domaine bien délimité de ce qui existe (les zoologistes n’étudient pas les étoiles), la philosophie, par contre, ne place aucune limite à ses recherches : rien de ce qui existe ne lui est étranger ! C’est ainsi qu’Aristote définissait la philosophie comme étant l’étude de l’Être (to on), ce que l’on peut aussi appeler l’étude de toutes les choses, du Tout, du Monde, de l’Univers, du Cosmos, du Réel, bref c’est l’étude de tout ce qui existe vraiment : le ciel et la terre, les hommes et les femmes, les objets palpables et les idées, et peut-être aussi les esprits, les valeurs et les dieux.

La philosophie, l’étude de Tout (Plotin dira l’étude de l’Un, le Tout étant forcément unique), est ainsi une discipline qui refuse l’enfermement disciplinaire, une recherche « totalitaire » qui semblera hautaine, orgueilleuse, arrogante, car elle ne s’interdit aucune investigation, et même elle prétend soumettre à ses analyses les choses les plus sacrées ou les plus ineffables, que le vulgum pecus croit réservées aux prêtres et aux poètes.

La philosophie est un système de pensée qui apparaît tardivement dans l’histoire des activités intellectuelles, après ces systèmes considérablement plus anciens que sont la littérature, le mythe, la religion. Je ne développerai pas ici le fait que les littératures, les mythes et les religions sont multiples alors qu’il n’y a qu’une philosophie (puisqu’il n’y a qu’un seul Tout). Par contre, la philosophie est antérieure (d’environ deux mille ans) à la science, qui en dérive. La science est, comme la philosophie, l’étude de Tout (subdivisée en domaines : les étoiles, les atomes, les molécules, les sociétés, les cultures…), mais qui se distingue de la philosophie par l’usage méthodique d’une instrumentation qui entraîne la vérifiabilité (analysée comme falsifiabilité par Karl Popper et comme renversement d’obstacles épistémologiques par Gaston Bachelard).

La construction d’une éthique (pour vivre avec sa conscience) et d’une politique (pour vivre avec les autres) nécessite la connaissance de Tout (et donc la philosophie) pour être solidement fondée, car l’ignorance d’une partie du Réel pourrait bien négliger une détermination décisive du comportement humain : les dieux semblent affectionner de rester cachés ! L’éthique et la politique sont donc subalternes par rapport à la philosophie, et c’est pourquoi je les déclare « impossibles ». La philosophie étant inachevée, l’Humanité devra se contenter d’éthiques approximatives, bricolées, changeantes d’une communauté à l’autre, et de politiques relatives, car on ne connaît pas d’absolu (peut-être même n’y en a-t-il pas).

L’absence d’une éthique fondée philosophiquement, et donc universelle, fait – depuis longtemps – le malheur de l’Humanité. Mais c’est peut-être l’honneur des hommes de le savoir, et de se méfier de ceux qui prétendent connaître les valeurs, et qui veulent les imposer par le terrorisme.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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