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Jean C. Baudet

Jean Baudet distingue la science et la philosophie

22 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science

La récente parution de mon livre Les plus grandes dates de la science me replonge au coeur du travail épistémologique, où il s'agit d'évaluer les connaissances humaines, et donc de comparer les différents systèmes de pensée. On ne peut le faire que par l'étude attentive de l'évolution de ces systèmes au cours de l'Histoire - c'est ce que Michel Foucault appelait "archéologie des savoirs". Les deux systèmes de pensée les plus élaborés, les plus aboutis, sont la philosophie et la science, dont l'origine est d'ailleurs commune : le geste sublime de Thalès de Milet, qui vers 600 avant l'ère chrétienne rejette toutes les traditions (grecques et étrangères) et entreprend de penser par lui-même, soumettant ses idées à la critique.

Pendant des siècles, avec des chercheurs comme Aristote, Epicure, Archimède, Ptolémée et beaucoup d'autres (tous Grecs, puis il y eut quelques Romains, comme Pline l'Ancien ou Boèce), on appelle ce travail la philosophie, ou la science (épistèmè en grec, scientia en latin). C'est à la fin du Moyen Âge que "philosophie" et "science" vont se distinguer. Les deux activités ont pour objet de connaître la nature des choses, de toutes les choses qui existent vraiment (natura rerum), ce que les "philosophes" appelleront (depuis Aristote) l'Être, et que les "scientifiques" appellent l'Univers. Dans mes travaux antérieurs, j'ai montré que ce qui distingue la science de la philosophie est le recours à l'instrumentation (donc à la technique), ce qui rend la science prédictive, vérifiable et perfectible.

L'étude comparée de l'histoire de la philosophie et de l'histoire de la science révèle un contraste saisissant. Le progrès de la philosophie est extrêmement lent, et ses acquis indiscutés sont très peu nombreux. Le progrès de la science est en accélération constante, et ses acquis amplement vérifiés sont innombrables.

Se pose alors une question redoutable. La philosophie, parce qu'inféconde, est-elle inutile ? Certes non ! Elle est même plus que jamais indispensable, à l'heure où l'Humanité est travaillée par des idéologies mortifères nauséabondes. La philosophie doit, plus que jamais, être enseignée (dans sa "docte ignorance") à la jeunesse, et doit encore, comme depuis Platon, être proposée aux dirigeants politiques, car pour devenir "citoyen du monde", ou pour diriger une collectivité humaine, il faut plus de doutes que de certitudes, et davantage d'esprit critique que de dogmatisme.

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