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Jean C. Baudet

Pierre-Jean Foulon visite le neant

25 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Il y a deux cents ans, Hölderlin questionnait, solennellement (et en allemand) : "Pourquoi des poètes en ces temps de misère ?". La question est peut-être plus pertinente encore en Belgique, en 2016 ! En tout cas, les éditions du Spantole, à Thuin (Wallonie), viennent de publier une intéressante plaquette de 27 poèmes courts, sous le titre Voyage au pays du néant provisoire, du poète Pierre-Jean Foulon. Pourquoi ce voyage poétique au temps de la terreur, du fanatisme, des bouleversements de l'atmosphère ? Peut-être, tout simplement, pour faire passer le temps, pour aider le lecteur (et l'auteur, avant lui) à supporter les misères du siècle, à donner un peu de plaisir (c'est toujours bon à prendre) dans l'agencement heureux de verbes, de substantifs et d'adjectifs. Car la poésie - comme la philosophie, sa cousine - n'a que des mots pour parler de l'être et du néant, et pour nous inviter à des voyages d'évocation (luxe, calme, volupté...) ou à des rêves héroïques.

Le néant dont le poète nous propose la visite est celui (qu'on espère provisoire) d'une opération chirurgicale. Vingt-sept tableautins nous conduisent de la chambre du patient aux salles d'examens (toute une machinerie savante), aux longs couloirs (" Rien n'est plus étrange / que ce lit roulant / qui m'emmène gisant mobile "), et finalement au seuil de la salle d'opérations. Les tableaux descriptifs d'un "voyage" sont très réussis, n'utilisant que les ressources de la vision (" d'un azur plus léger que le ciel ") et de l'audition (un poème est consacré à Beethoven). J'aurais, pour ma part, ajouté quelques notes olfactives et gustatives. Mais c'est - forcément ! - affaire de goût.

J'ai déjà signalé dans ce blog combien je déteste la poésie postmoderne minimaliste, qui n'est qu'ésotérisme naïf, insuffisance de travail, escroquerie, imposture, snobisme, pédantisme et néant définitif. La poésie de P.J. Foulon est tout le contraire : clarté du propos, finesse de l'expression, consistance esthétique, simplicité élégante, authenticité de l'émotion.

Comme toujours quand la poésie est riche, plusieurs lectures sont possibles. Plutôt que de raconter un séjour chez les "hommes en vert", le poète a peut-être voulu donner une célébration de la technologie médicale, qui prolonge l'être, en attendant le néant ?

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Jean-François Foulon 25/02/2016 12:48

Voilà qu me donne envie de lire ce poète homonyme :))