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Jean C. Baudet

Quaghebeur, Toussaint et les ecrivains belges

4 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

J’étais présent, hier, à la soirée mensuelle de l’Association royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie, à Bruxelles, à l’Espace Wallonie (tout près de la Grand-Place), où j’ai le plaisir de revoir périodiquement quelques amis. Deux ouvrages récemment parus étaient présentés, Histoire, forme et sens en littérature – La Belgique francophone (1815-1914) de Marc Quaghebeur et C’est trop beau, trop – Cinquante écrivains belges de Pascale Toussaint. Quaghebeur, poète, écrivain et historien de la littérature, est le directeur des Archives et Musée de la Littérature (à Bruxelles). Toussaint est professeur de langue et de littérature françaises. Je note aussi qu’elle est l’épouse du peintre et écrivain Jacques Richard. Quaghebeur a dialogué avec Joseph Bodson, l’infatigable président de l’AREAW, et Toussaint fut présentée par Jacques Goyens.

Soirée consacrée donc à la littérature française chez les Belges, à moins qu’il ne fût question de la « littérature belge en langue française », ou peut-être de la « littérature en français en Wallonie et à Bruxelles ». Ces hésitations terminologiques ne sont pas vaines (et ne sont pas neuves non plus), ont même une profonde signification politique, puisqu’il s’agit d’un marqueur décisif d’une identité. Les écrivains belges qui ont choisi d’écrire en français participent-ils à la construction de la littérature française, ou sont-ils les représentants d’une littérature belge ?

L’ouvrage de Quaghebeur est le premier volume d’une « histoire de la littérature en Belgique francophone » qui sera une véritable somme, toute de profonde érudition et de subtile réflexion critique sur le fait littéraire dans un Etat à qui manque l’unité linguistique. L’auteur n’a pas manqué de rappeler que la Littérature est le résultat de l’Histoire. Le livre de Toussaint, moins ambitieux, n’est pas moins utile. C’est une anthologie qui donne un aperçu de l’œuvre si variée des Belges (Flamands, Wallons ou Bruxellois) qui ont fait métier d’écrire, et qui l’on fait dans la langue de Rabelais et de Montaigne.

J’ai beaucoup aimé ces deux présentations, à la fois passionnées et savantes. Et je suis rentré chez moi, dans la grisaille (un des traits de la belgité, ou de la belgitude) d’un soir d’hiver, avec en tête une grave question. Faut-il, en Belgique, et spécialement dans la communauté française du royaume, enseigner la littérature belge ? Faut-il initier la jeunesse aux œuvres de Shakespeare, de Molière, ou de Michel de Ghelderode ? Aux textes de Descartes, d’Emmanuel Kant ou de Chaïm Perelman ? Aux romans de Stendhal, de Balzac, de Zola, de Proust, de Camus, ou à ceux de Camille Lemonnier et d’Alexis Curvers ? Dans un monde menacé par les communautarismes, dans le fracas des explosions des attentats islamistes et dans le pénétrant silence de la pensée libre qui renonce à s’exprimer, faut-il former les citoyens du XXIème siècle en faisant connaître les œuvres littéraires de portée universelle, ou les écrits de ceux qui sont nés quelque part ? Faut-il enseigner ce qui distingue, ou ce qui rassemble ?

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Ivette 10/02/2016 14:11

La réponse me paraît évidente.Nous avons besoin des racines d'un groupe à "dimensions humaines" (à déterminer! mais indéterminable bien sûr...) et tout autant des portes qui s'ouvrent sur de larges univers.

Goyens 04/02/2016 11:22

Merci, cher Jean, pour ce compte-rendu et la question que tu soulèves. Faut-il enseigner ce qui distingue ou ce qui rassemble? Les deux seraient-ils incompatibles? Un écrivain, quelle que soit son identité et sa sphère socio-géographique, ne peut-il en même temps aborder des thèmes universels? Je pense.que l'on peut être à la fois d'ici et d'ailleurs. De plus l'universalité n'a pas que des avantages quand on voit qu'elle est aujourd'hui dominée par la culture anglo-saxonne. Bien à toi.

Pascale Toussaint 07/02/2016 13:16

D'accord avec Jacques. De toute façon, à partir du moment où l'on parle d'une œuvre véritable, "engagée" (et c'est le cas, je crois, de mes "Cinquante"), elle appartient à la Littérature, parce qu'elle est la fois singulière et universelle. Zola et Lemonnier, Molière et de Ghelderode, ... ont dès lors le même droit d'être lus et entendus. Et l'un n'exclut pas l'autre.
Bon dimanche.
Pascale