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Jean C. Baudet

Tous les hommes sont-ils egaux ?

15 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Politique

J’ai envie de consacrer ma chronique de ce beau jour d’hiver à une question philosophique et politique cruciale et particulièrement obscure. Que l’on ne s’y trompe pas ! Je ne prétends pas la résoudre en quelques lignes, mais je voudrais prendre le problème par le biais de la physique et de la métaphysique, ce qui est le programme du philosophe. Il ne s’agit pas de se laisser envahir par les bons ou les méchants sentiments, qui conduisent à un égalitarisme niais ou à des formes de racisme plus niaises encore. La question est : tous les hommes (femmes comprises) sont-ils égaux ? Ont-ils la même valeur ? La même importance ? Et peut-on accorder la même considération à Ludwig van Beethoven, à Albert Einstein, à Adolf Hitler et à Angela Merkel (je prends comme exemples des Allemands, pour simplifier en éliminant la question des nationalités, car « les Français valent-ils les Allemands ? » est un aspect du problème égalitaire que je ne vais pas aborder aujourd’hui).

De célèbres déclarations solennelles prétendent que « tous les hommes sont égaux », et précisent « égaux en droit », car enfin il serait difficile d’admettre que les hommes sont égaux à tous points de vue : qui oserait nier la différence entre un chauve et un chevelu, entre un surdoué et un imbécile (je rappelle que les psychologues établissent statistiquement que dans toute population suffisamment vaste il y a environ un quart d’imbéciles, que l’on peut appeler, selon ses choix terminologiques, des oligophrènes ou des cons).

On admet généralement – et il me semble difficile de le nier – que les caractères, particularités, capacités et compétences d’un être humain dépendent d’un double déterminisme, qu’avant le XXème siècle on appelait l’inné et l’acquis, et que l’on définit aujourd’hui comme la détermination génétique (l’ADN des gènes portés par les chromosomes) et comme la détermination du milieu (l’environnement familial et social). Ces deux causalités expliquent de manière satisfaisante l’immense diversité des espèces humaines et préhumaines apparues sur Terre à des milliards d’exemplaires depuis quelques millions d’années. Avec par-dessus tout la grande différence entre les femelles (chromosomes XX) et les mâles (XY).

Comment passer de cette inégalité en fait considérable (comparez un prix Nobel avec un « homme de la rue ») avec l’égalité de droit ? Pourquoi, au nom de quoi, un tel devrait-il avoir les mêmes droits que tel autre ? C’est la question que se posait déjà Platon dans ses écrits proposant une organisation de la polis (la cité), c’est-à-dire une politique. C’est la question que se reposait Karl Popper dans son livre (en deux tomes) de 1945, après avoir pu observer les horreurs du nazisme de Hitler et du communisme de Staline : The open society and its enemies. 1. The spell of Plato ; The open society and its enemies. 2. The high tide of prophecy : Hegel, Marx and the aftermath (G. Routledge & sons, Londres).

Il me semble que la formation de l’égalitarisme correspond à l’idée d’une sacralisation de la personne humaine, que l’histoire de la pensée peut reconstituer depuis ses origines préhistoriques. C’est par la possession d’une « âme » (éventuellement créée par les dieux) que l’homme est sacré, transcendentalement distinct de la bête, ce qui fonde l’humanisme et l’égalitarisme politique. La physique, c’est-à-dire la science (basée sur l’observation commune), explique la diversité. La métaphysique, en réaction, invente l’égalité.

Comme la démocratie, l’égalitarisme est une invention, une technique de gouvernement. L’égalitarisme repose sur une idée invérifiable, celle de la valeur de toute personne humaine, qui est peut-être une superstition, et l’on donne les mêmes droits à un assassin pédophile, à un terroriste islamiste et à une paisible mère de famille. L’égalitarisme est indéfendable par la rationalité. Mais tous les autres systèmes politiques sont bien pires ! Popper voulait, après les désastres de 14-18 et de 39-45, une « société ouverte ». Nous n’y sommes pas encore. Et même, il me semble percevoir des signes de régression. La civilisation, comme l’économie, serait-elle cyclique ? Pour le philosophe, les hommes sont profondément inégaux, cela fait partie de leurs « existentiaux » (Heidegger). Mais il faut que, dans leurs différences, ils s’organisent pour vivre ensemble, comme s’ils étaient égaux. Ce problème politique ne ressemble-t-il pas à la quadrature du cercle des géomètres ?

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STEIGER 15/02/2016 14:10

Egalité dans la nature consubstantielle, égalité devant Dieu (le sachant le dieu exclusif de l'être). L'individu est seul juge de son égalité avec l'autre, au sens premier du terme. L'autre notion, au sens grégaire que la religion lui a donnée, de même que cette solidarité qui l'accompagne, ne sont qu'une désignation métaphysique d'une abstraction non conceptuelle, un vœu pieux (sic), que sa reprise "républicaine", l'intégrant dans le syntagme du "vivre ensemble" exigé par la doxa politicienne, autant dire l'organisation contemporaine de ses lois sociétales, a fini par conceptualiser comme un comportement attendu de chaque "citoyen" à l'égard de tous, une part considérée comme acquise de son habitus.

jeanbaudet.over-blog.com 15/02/2016 15:59

Nous sommes bien d'accord ! L'égalitarisme "républicain" résulte de la croyance (d'origine religieuse, éventuellement "refoulée"), d'une conception méta-physique, sur-naturelle de l'essence humaine. Très bien dit : un voeu pieux !