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Jean C. Baudet

Le meilleur livre de Jean Baudet

11 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

Le meilleur livre de Jean Baudet

En vieillissant, jour après jour, j'ai fini par atteindre l'âge des bilans et de l'autocritique, et je mesure le chemin parcouru. Pour un écrivain, même s'il est philosophe, ce chemin est semé de livres, et plus exactement de "textes édités", ce qui m'induit à la modestie. En cinquante ans de vie active, mes ouvrages publiés ne constituent qu'une rangée de bibliothèque de 86 centimètres, ce qui est bien peu à côté de la production autrement abondante de certains collègues plus travailleurs que moi. Voilà qui est objectif, vérifiable et falsifiable, et rigoureusement vrai : 86 centimètres, ni plus ni moins ! Alors, bien sûr, j'entends déjà les subtils, les pisse-froid, les cuistres et les snobs de service (au service de qui ?) me parler de "valeur littéraire", de "valeur philosophique", et même de "valeur morale". Mais quelle est la valeur des livres de Martin Heidegger (plus que 86 centimètres), nazi abscons et même abstrus ?

Quel est, dans cette quarantaine d'ouvrages, mon meilleur livre (mon "moins mauvais", diront mes nombreux détracteurs) ? Le plus gros (3 centimètres, 601 pages) : Curieuses histoires de la pensée ? L'épaisseur d'un volume est un critère objectif, mais peut-être pas le plus adéquat. Un meilleur critère est le chiffre des ventes, et mon best seller est mon Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques, publié en 2002, ayant fait l'objet de plusieurs retirages, et qui vient de faire l'objet d'une réédition entièrement refondue, sous le titre Histoire des mathématiques.

Mais abandonnons l'objectivité, et faisons notre autocritique ! Mon meilleur livre n'est pas le plus divertissant. Je n'écris pas pour amuser les foules, il y a Amélie Nothomb et Frédéric Beigbeder pour ça, et d'ailleurs je n'ai publié qu'un seul roman, fort mince. Mon meilleur livre n'est pas le plus enchanteur. Je n'écris pas pour éblouir les adulateurs de Rimbaud ou de Jean-Pierre Verheggen, et d'ailleurs je n'ai publié que deux recueils de poèmes (plus, il est vrai, quelques textes dans des revues peu lues). Mon meilleur livre n'est pas le plus intéressant. Je n'écris pas pour instruire le vulgum pecus.

Mon meilleur livre devrait être, ce me semble, celui où j'explicite le plus clairement et le plus distinctement (sans les fioritures snobinardes de l'érudition et de la logomachie, ou l'imposture de "l'indicible") les résultats originaux de mon travail philosophique, qui ne sont d'ailleurs qu'hypothèses que je propose à ceux qui veulent penser. Il me semble que trois titres se détachent de l'ensemble. Les Curieuses histoires déjà citées, où je développe une théorie de l'origine du fait religieux ; Le Signe de l'humain, où je propose une analyse philosophique de la technique ; et Les grands destins qui ont changé le monde.

Finalement, je pense que ce dernier ouvrage sur les "grands destins" est le meilleur de ma production. J'y développe, en une trentaine de biographies de "grands hommes", ma conception matérialiste (mais pas vraiment marxiste) de l'Histoire, en montrant que les scientifiques, les ingénieurs et les industriels ont de manière plus radicale bouleversé la "condition humaine" que les grands généraux, les politiciens, les chanteurs de charme et les acteurs de cinéma. Je le proclame : Bill Gates a plus profondément changé la manière de vivre de milliards de gens que Charles de Gaulle ou que Brigitte Bardot. Ou que la plupart des écrivains, fussent-ils philosophes.

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