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Jean C. Baudet

La Sainte Trinité

6 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature

La Sainte Trinité

Il y a trois personnes en moi ! C’est-à-dire le père, le fils et l’esprit. Sous les espèces d’un scientifique (le père) dont procède, consubstantiellement, un écrivain (le fils, plutôt espiègle et moqueur) et un philosophe (l’esprit). Trois personnes en un seul homme, par l’effet peut-être de quelque singularité dans la disposition des bases puriques et pyrimidiques de mon acide désoxyribonucléique, dans mes 46 chromosomes. A vrai dire, je fus un scientifique, je suis un écrivain (j’écris dans un blog), et je serai un philosophe, le jour (je sens qu’il approche) où je pourrai « dépasser » Kant et son noumène, Schopenhauer et sa volonté, et Heidegger et ses existentiaux.

Je fus un chercheur scientifique, un biologiste, jusqu’en 1981. J’ai apporté quelques modestes contributions à la taxonomie, à la chimiotaxonomie et à la génétique d’un groupe de légumineuses que les savants appellent les Phaséolées, et j’ai publié sur ces sujets une quinzaine d’articles. J’ai aussi fait paraître un livre Les Céréales mineures (en 1981). J’ai consacré ma courte vie scientifique aux deux plus grands groupes de plantes vivrières, qui permettent à l’homme d’exister. Un psychanalyste verrait peut-être là, chez le jeune homme que j’étais, un puissant intérêt pour l’alimentation.

Je suis écrivain, puisque j’écris des livres, même si ma production « littéraire » est peu abondante : deux recueils poétiques, un court roman, et quelques nouvelles et poèmes publiés dans diverses revues.

Et je suis – ou je serai – philosophe, parce que j’ai publié près d’une quarantaine de livres et de nombreux articles (notamment dans la Revue Générale) qui traitent de l’histoire des systèmes de pensée et de philosophie.

Cette cohabitation provoque de vives tensions dans mon moi ! Le scientifique se moque éperdument et de l’écrivain et du philosophe, qui ne produisent qu’élucubrations sentimentales ou imaginaires. L’écrivain dénigre le scientifique, qu’il juge lourdaud et manquant de subtilité, et se méfie du philosophe, qu’il juge prétentieux et incertain. Le philosophe se gausse du scientifique, qui ne voit pas assez loin dans les mystères de l’Être, et de l’écrivain, qui n’est qu’un amuseur.

Il y a trois personnes en moi. C’est très inconfortable. Mais au moins, cela m’épargne l’ennui de la solitude.

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