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Jean C. Baudet

Vers une theorie de la litterature

10 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Sociologie

Vers une theorie de la litterature

Je ne suis ni critique littéraire, ni sociologue de la littérature. La philosophie a d’autres chats à fouetter. Cependant, il m’arrive de publier le compte rendu d’un poème ou d’un roman dans la Revue Générale ou dans mon blog. J’ai même fait paraître, il n’y a guère, un livre intitulé « A quoi pensent les Belges ? », dans lequel je me suis efforcé d’analyser les deux productions littéraires du royaume de Belgique, la française et la flamande. C’est que la philosophie a beaucoup à penser du rapport des mots et des choses, et que la littérature n’est en somme que l’activité d’enfiler des mots pour en faire des textes (édités, si possible), comme la charcuterie est l’activité d’enfiler des bouts de viande pour en faire des saucisses. Pourquoi, dans certaines sociétés, y a-t-il un sentiment assez partagé d’admiration, voire de vénération pour les professionnels de la littérature (les écrivains), alors que les charcutiers ne bénéficient pas d’un tel respect ? Cela ne va-t-il même pas, chez certains, jusqu’à une sacralisation de l’écriture, et ne parle-t-on pas, chez quelques peuples, d’écritures saintes ?

Je me suis donc penché sur le fait littéraire, j’ai lu des livres (à commencer par ceux que me recommandaient mes maîtres, quand je n’étais encore qu’un collégien), et j’ai eu l’occasion de rencontrer des écrivains belges lors des réunions de l’Association belge des écrivains, de l’Association royale des écrivains de Wallonie, du Grenier Jane Tony… Ce qui est d’emblée frappant, c’est le flou de la définition même de l’écrivain. Deux acceptions, au moins, sont en concurrence, il y a l’écrivain au sens large, qui est le professionnel qui fait des livres (s’agirait-il même de charcuterie), et il y a l’écrivain au sens strict, qui publie des poèmes, des romans, des pièces de théâtre, des scénarios de films ou de bandes dessinées.

Pour ma part, sans aller jusqu’à considérer un degré zéro de l’écriture (voire un degré zozo, car l’humour fait aussi partie du « littéraire »), je distinguerais volontiers trois degrés, trois niveaux d’écriture, en rapport avec la fonction sociale des textes.

Il y a l’écrivain qui amuse et qui distrait. Il y a le savant qui explique et qui éduque. Il y a le philosophe qui pense et qui sème le doute. Le premier, écrivain de fiction, explorateur d’imaginaire, écrit pour émouvoir ses lecteurs – c’est lui que parfois on considère comme l’écrivain « véritable ». Le second, écrivain didactique, écrit pour instruire, qu’il s’agisse de sociologie, d’histoire, de conseils de jardinage ou de mécanique quantique. Le troisième, écrivain-penseur, écrit pour détricoter les systèmes de pensée, pour analyser les mensonges et les impostures, les préjugés et les traditions, il ne s’adresse ni aux sentiments (comme le premier), ni à la mémoire (comme le second), mais à l’intelligence, à ce « bon sens » que Descartes, écrivain du troisième type, pensait être la chose la mieux partagée entre les hommes (affirmation qui montre que l’ironie est le fond de la pensée critique).

Ne faut-il pas en effet, chez les Belges, distinguer un Georges Simenon ou un Henri Vernes, qui nous distraient avec les aventures de Jules Maigret ou de Bob Morane ; un Henri Pirenne qui nous apprend l’histoire des Flamands, des Bruxellois et des Wallons ; un Léopold Flam qui nous fait douter de l’existence des dieux ou un Henri Van Lier, qui nous fait douter de l’existence des valeurs ?

Et qui ne voit que cette tripartition des actifs de la littérature correspond aux trois âges de l’humain : l’enfance qui rêve et s’amuse, la maturité qui travaille et qui construit, la vieillesse qui se souvient et qui doute ?

Post scriptum.- L’analyse trinitaire qui précède est un schéma qui tente d’aller à l’essentiel. On peut certes « penser » en lisant Proust, ou se distraire en lisant les ouvrages philosophiques de Bachelard ou de Sartre, ou les livres scientifiques d’Einstein. Mais il faut aller à la racine des choses pour les comprendre, il faut appeler un chat un chat, et un roman est d’abord un texte de fiction destiné à distraire ses lecteurs.

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cecchi 10/04/2016 11:47

Réflexion par trop "mécaniste" à mon sens. On peut faire de la fiction émouvante, éducative et philosophique. Le romancier peut distraire tout en mettant dans la bouche des personnages des dialogues qui "détricotent" et informent. Quand à l'aspect évolutif (de l'enfance à l'âge de sagesse), initiatique peut-on même dire, l'écrivain fictionnel pourrait le trouver insultant car infantilisé. En résumé, seul le romancier a la licence de passer de l'une à l'autre étape dans le même ouvrage. Peut-être est-ce pour cette raison que est admiré. Le charcutier ne peut faire de la saucisse en même temps que de l'andouillette... Oui ?

jeanbaudet.over-blog.com 10/04/2016 13:29

Bien sûr que l'on peut tout mélanger, je le rappelle dans mon post scriptum, et un écrivain peut cumuler les trois fonctions, comme Sartre à la fois romancier, biographe de Baudelaire et philosophe. Le but de l'analyse est de distinguer, même si le charcutier est peut-être aussi père de famille, amateur de foot et cycliste !