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Jean C. Baudet

Le bilan de Jean Baudet

22 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Après soixante-douze ans de vie terrestre, je vais bientôt mourir. Je suis très fatigué, et je n’ai plus qu’à me souvenir de mes espérances trompées, de mes projets inaboutis, de mes chagrins et de mes peines, en attendant de nouvelles souffrances et les abjectes humiliations du vieillissement. Je n’ai plus qu’une œuvre à accomplir, et c’est de dresser mon bilan et d’établir le compte de mes résultats, avec pertes et profits.

J’ai fait des études de philosophie (à l’Université Saint-Louis à Bruxelles), puis de biologie (à l’Université de Bujumbura), et après avoir exercé, avec une certaine ferveur, les métiers d’enseignant, de chercheur, de journaliste et d’éditeur, je suis devenu philosophe et écrivain. Je suis marié et père de deux filles, et je n’ai ni parents, ni amis véritables, ni proches en dehors de ma femme et mes enfants. C’est que je suis d’un naturel peu sociable, n’aimant guère les conversations mondaines, les bavardages de salons, les cérémonies de parade, les hypocrisies, le partage des émotions, et me trouvant d’excellentes raisons, hélas, de me rapprocher de la misanthropie. Au temps de « ma jeunesse folle » (Villon), j’eus cependant quelques amis et amies, que « le vent a emportés » (Rutebeuf). Où êtes-vous, douces compagnes et gentils compagnons ?

J’ai publié plusieurs centaines d’articles scientifiques, philosophiques ou journalistiques, ainsi que quelques poèmes, et 42 livres. J’ai fondé une revue d’histoire de la science et de la technologie, qui a duré de 1978 à 1989, Technologia, et un magazine, Ingénieur et Industrie, qui a paru de 1979 à 1996.

Le bilan de cette vie studieuse et souvent solitaire ? Des mots, rien que des mots, des milliers de phrases imprimées et dispersées dans quelques bibliothèques. Quelques dizaines de milliers de lecteurs, si je cumule les ventes déclarées par mes éditeurs. Mais, au sein de ce lectorat, combien d’âmes ayant vibré avec moi à la recherche de la vérité ? Comment faire une « œuvre » avec des contributions à la génétique des légumineuses, à la taxonomie des céréales, à la sociologie des ingénieurs, à l’histoire des systèmes de pensée (religions, philosophie, science), avec des poèmes, des billets d’humeur, et des ouvrages de philosophie ?

Je vais bientôt, « dans un mois, dans un an » (Sagan), rejoindre quelques hommes que j’ai admirés, quelques autres que j’ai détestés, et beaucoup d’autres qui m’indiffèrent, « dans la fosse commune du temps » (Brassens). Parmi ceux que j’ai aimés : Aristote, Boèce, Descartes, Spinoza, Lavoisier, Beethoven, Schopenhauer, Nietzsche, Einstein, Bachelard, Jolivet, Jean Rostand, Thelonious Monk, Miles Davis, John Coltrane, et Louis Armstrong quand il chantait « What a beautiful world » ou « On the sunny side of the street »…

Bref, une « passion inutile » (Sartre), comme les passions d’Aristote, de Boèce, de Descartes, de Spinoza, etc.

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