Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Un Nouveau Monde (poeme en prose)

12 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème

Alors j’entrepris de concevoir un Nouveau Monde.

Je mis dans de grands sacs en plastique tous les déchets de mes déconvenues, prenant bien soin toutefois de conserver quelques réussites élégiaques ou fluorées, et j’ajoutai sans remords ces accumulations d’ordures au Néant inévitable. Je jetai dans l’extrême obscur les mythes et les carêmes, les rites et les génuflexions, les machines à coudre et les parapluies (j’avais dès ce moment l’idée de faire un Monde où il ne pleut pas), les processions et les prières, les anathèmes et les chants d’amour, et je récupérai grâce à un filtre immense, pour recyclage, l’ordre et la beauté, le luxe, le calme et la volupté.

J’accumulai des matériaux scrupuleusement choisis, en tenant compte de leur impédance et de leur résilience, de leur indice de réfraction et de leur pouvoir rotatoire, et je fis grandes provisions de cobalt et de tantale, de niobium et de tellure, d’hélium aux pieds légers et de thorium bien lourd. Je fis également de grandes réserves de cuivre, car j’aimais bien sa couleur rouge. J’alignai selon les axes de l’espace-temps les déterminations majeures du Réel, et je mis beaucoup d’attention à enduire les articulations de mes créatures de non-poésie et de non-espoir, pour éviter toute fêlure ontologique qui ruinerait mes constructions.

Je créais des jours à mesure du progrès des existences, et le temps se redéployait. J’avais reformé des galaxies de milliards d’étoiles chaudes. J’eus même l’idée de créer des nuits entre les jours.

Et après quarante jours et quarante nuits de destructions de pans entiers du Néant pour faire venir à l’existence des objets harmonieux et sublimes, je sentis dans mon cœur les cruels pincements de l’ennui et de l’insatisfaction. A quoi bon des choses plutôt que rien ? A quoi bon ces fulgurants éclats de lumière rouge ou bleue, ces vibrations sonores ?

Et j’inventai une Nouvelle Humanité.

J’avais retrouvé dans quelques déchets mal triés et pas encore rendus au Néant vorace quelques théorèmes de Thalès, d’Euclide et de Ptolémée, la logique entièrement conservée d’Aristote (qui me servit efficacement pour éviter de construire des anomalies catastrophiques dans l’espace-temps), neuf symphonies de Beethoven (j’avais probablement et malencontreusement jeté les autres), l’œuvre poétique complète de Jacques Sojcher et de Jean-Pierre Verheggen, et les équations de la Mécanique quantique. Je m’en servis pour concevoir les nouveaux humains.

Je créai les humains mortels, car je me méfiais des apories de l’éternité. Je songeai longuement à leur morphologie et à leur reproduction (car je voulais une Humanité de longue durée). Je choisis une solution qui me parut élégante de produire deux espèces d’humains, différant par leur fonction (et donc par leur morphologie) dans la reproduction, des « mâles » et des « femelles ». J’eus aussi l’idée – pour éviter l’ennui de la monotonie – de répartir ces humains en races, en nations, en pays.

Enfin j’inventai une Nouvelle Histoire, avec des confrontations, des compétitions, des envies, des affrontements, des batailles, des massacres, des alliances, des trahisons, des « projets de société », des idées bizarres, des fanatismes, des constructions sublimes et grandioses, et des destructions imbéciles.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Odile 17/06/2016 11:49

Un vrai bordel .... Pire encore que celui dans lequel nous vivons ... Je préfère le néant ... Au moins je serai en paix du moins c'est cr que j'espère

jeanbaudet.over-blog.com 17/06/2016 12:07

Il faut donc choisir entre le néant et le bordel. Mais il y a les maladies sexuellement transmissibles.

Ivette Bauthière 12/06/2016 14:54

J'aime beaucoup l' inventaire et le contre-inventaire.Et vous avez bien fait de rappeler JPierre Verheggen de si belle compagnie