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Jean C. Baudet

La doctrine de Jean Baudet

10 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

En décembre 2010, quand j’ai ouvert le présent blog, je n’avais pour projet que de remplacer mon Journal « papier » (que je tenais depuis février 1962) par l’enregistrement, au jour le jour, dans une mémoire informatique, des faits « intéressants » de mon existence et de l’avancement de mon travail philosophique. Je comptais bénéficier des avantages de l’électronique pour jalonner ma démarche de recherche par des éléments significatifs de mes observations et de mes raisonnements. Car philosopher, c’est faire des phrases, c’est évaluer en permanence la validité de ses « pensées » par la consistance phraséologique. Selon la belle expression de Sylvain Bolduc, c’est s’efforcer d’atteindre la « lucidité constructive » et construire, pour le philosophe, c’est toujours assembler des mots.

Mais, contrairement à mon Journal (où j’écris encore de temps en temps), mon blog est ouvert à tous, et il y a des Japonais, des Burundais, des Canadiens, des Arabes qui me lisent. J’ai enseigné la philosophie pendant quelques années, suffisamment pour savoir que la philosophie se communique difficilement, l’esprit philosophique étant la chose la moins répandue au monde. Je ne m’étonne donc pas de l’incompréhension de nombreux lecteurs, dont certains prennent mes hypothèses pour des affirmations et mes doutes pour des délires. La psychiatrie m’a enseigné que les imbéciles sont très nombreux, et le fait qu’ils sachent naviguer sur Internet ne les rend pas moins sots.

Heureusement, il n’y a pas que des imbéciles qui s’expriment dans les réseaux sociaux électroniques, et mon blog me donne l’occasion très appréciable de recevoir les commentaires intelligents de José Fontaine, de Steve Van Laer, de Syvain Bolduc déjà cité, de Philippe Leucks, de Philippe Lemoine, de Yoko Inagawa, de Martine Rouhart, de Daniel Otto, et de bien d’autres.

Rédigé de jour en jour, mon blog n’est bien sûr pas un exposé méthodique et cohérent du « baudetisme » (le ridicule de ce vocable convient assez bien pour exprimer le fond de ma pensée, qui se moque de tous les « systèmes », aussi honorés et vénérés soient-ils par les traditions universitaires : que nous apprennent vraiment le platonisme, le thomisme, le kantisme, l’hégélianisme ?). Dans les années 1980, j’ai proposé le terme « éditologie » pour désigner ma méthode de travail, basée sur deux « croyances », 1° la valeur heuristique de l’Histoire (un reste d’hégélianisme…), 2° le primat de la Technique pour le phénomène humain (une reformulation de l’axiome marxiste de l’importance structurante des « moyens de production »). L’éditologie est donc une épistémologie historique, une généalogie des systèmes de pensée, inspirée de Hegel, d’Auguste Comte, de Marx, de Léon Brunschvicg, de Gaston Bachelard… C’est un anti-idéalisme, un anti-humanisme, un anti-bavardage.

Quelle est alors – en ce jour de juillet 2016 – ma doctrine ? Enrichie des travaux grandioses des philosophes pendant plus de deux mille ans, ma pensée se résume par la formule magistrale de Socrate : « je sais que je ne sais rien ». Je « connais » le spinozisme, le kantisme, l’électromagnétisme de Maxwell, la relativité d’Einstein, la paléoanthropologie, la phénoménologie, je sais que les électrons existent et que les fantômes n’existent pas, mais j’ignore pourquoi il y a des électrons ! Ma doctrine peut s’appeler scepticisme.

Pourtant, malgré mon pessimisme cognitif – je pense que l’homme est un être-pour-ignorer – je poursuis ma recherche, et j’écrirai encore, sans doute, dans mon blog. L’éditologie m’a au mois appris qu’il existe deux grands systèmes de pensée, farouchement inconciliables (jusqu’au fanatisme des bûchers et des guerres saintes), qui sont le matérialisme et le non-matérialisme, celui-ci formant d’innombrables doctrines : les religions (avec des dieux immatériels), les idéologies (avec des valeurs non matérielles), de nombreuses philosophies (platonisme, cartésianisme, kantisme, etc.). Le matérialisme est unifié, le non-matérialisme se conjugue en de nombreux idéalismes. Lénine a écrit quelque part une définition géniale du matérialisme et de ses ennemis, en disant que, pour le matérialisme l’être détermine la conscience alors que pour les idéalismes c’est la conscience qui détermine l’être. L’ardeur et la hargne de certains idéalismes m’effrayent plus que les deux infinis de Pascal.

En somme, le « baudetisme » (sur mes cahiers j’écris ton nom) n’est qu’une ignorance réfléchie. Mais quel « isme » peut prétendre détenir la vérité ?

Je ne sais donc pas qui a raison, le matérialiste ou les idéalistes. Mais s’il fallait choisir, il me semble que le matérialisme rend mieux compte de l’état du monde et de la condition humaine. Il examine les choses comme elles paraissent, et peut-être comme elles sont. Au contraire, les idéalistes voient les choses comme ils aimeraient qu’elles soient. L’opposition entre le matérialisme et ses ennemis est peut-être le simple combat de l’intelligence lucide et du sentiment halluciné !

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