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Jean C. Baudet

Contre une pornographie de l'entreprise

15 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie, #Politique

Contre une pornographie de l'entreprise

Il est très remarquable que la gauche ignore (ou fasse semblant d’ignorer) les principes les plus élémentaires de l’entreprise. Rappelons-les ! Pour créer une entreprise (et donc pour créer des emplois), il faut réunir des « moyens de production », que l’on peut répartir en sept facteurs. 1° il faut de l’énergie ; 2° il faut des matières premières (ne serait-ce que du papier pour établir l’indispensable comptabilité) ; 3° il faut des équipements (locaux, mobilier, machines…) ; 4° il faut de la main-d’œuvre intellectuelle (cadres, ingénieurs, comptables…) ; 5° il faut de la main-d’œuvre manuelle ; 6° il faut des clients solvables ; 7° il faut un climat socio-politique qui ne soit point hostile à l’idée même d’entreprise et d’entrepreneur.

Ces sept moyens sont rigoureusement indispensables : si l’un d’eux manque, l’entreprise ne tarde pas à faire faillite. Les facteurs 4 et 5 sont bien distincts, on ne peut pas mettre dans la même catégorie celui qui balaye les ateliers et celui qui dirige la production ou qui négocie avec les fournisseurs et les clients. Même dans une société unipersonnelle, l’entrepreneur solitaire doit effectuer des tâches dont certaines sont intellectuelles et d’autres manuelles (ne serait-ce que taper le courrier ou prendre régulièrement les poussières).

Les facteurs 1 à 5 doivent être achetés ou loués, il faut donc, avant même d’entamer une quelconque activité, de l’argent, c’est-à-dire des capitaux. Sans capital initial, pas d’entreprise, quels que soient les talents, la créativité et la ténacité du candidat-entrepreneur. Il est intéressant de noter que ces cinq facteurs, aussi différents soient-ils, sont en quelque sorte « unifiés » par le moyen de les acquérir : il faut de l’argent aussi bien pour acheter une machine-outil que pour louer des bureaux ou pour rémunérer des ouvriers. Pas d’entreprise sans capital, et pas d’entreprises pérennes sans bénéfices. On comprend mieux la haine des entreprises et de leurs cadres et patrons chez les intellectuels de gauche, qui sont dans leur grande majorité rémunérés par l’Etat (enseignants, fonctionnaires, et même journalistes, salariés de médias subventionnés par les pouvoirs publics…). C’est même amusant de noter que l’idéologie marxiste est basée sur une exécration du « Capital », pourtant indispensable pour faire tourner l’économie de n’importe quelle collectivité humaine !

Il est intéressant aussi de s’arrêter un moment à la séparation des facteurs 4 et 5. Les collaborateurs intellectuels dont les entreprises ont impérativement besoin sont rares, et ne sont pas interchangeables : on ne transforme pas, même en quelques mois, un juriste en ingénieur électromécanicien, ni un comptable en informaticien. C’est qu’il faut de nombreuses années pour former un juriste, un ingénieur, un comptable. Alors que l’on forme un manutentionnaire en quelques jours, et un balayeur en quelques heures. Dans un pays comme la France, la « réserve » de balayeurs est plus que suffisante. Par contre, il y a une insuffisance grandissante de travailleurs intellectuels, ce qui devient un facteur limitant pour la création et la croissance d’entreprises. Voilà un des éléments qui expliquent la « courbe du chômage », et l’on comprend que cela irrite ceux qui affirment que « tous les hommes sont égaux ». Il y aurait aussi beaucoup à dire sur un système d’enseignement qui forme plus de sociologues que de mécaniciens, et davantage d’historiens de l’art que de chimistes.

Les facteurs 6 (clients) et 7 (climat socio-politique) ne s’achètent pas, mais n’en sont pas moins indispensables. Ils sont subis par l’entrepreneur qui devra constater sans recours qu’un client passe à la concurrence, ou qui devra observer que la mentalité d’une partie de la population n’éprouve que peu d’appétence pour certains métiers. On constate aisément que la « mondialisation » actuellement en cours intensifie l’importance de ces facteurs. La concurrence des producteurs des pays naguère sous-développés ne peut que croître, et les idéologies anti-entreprise se développent dangereusement. Pourquoi un patron ferait-il l’effort de créer une entreprise en France (ou dans d’autres pays à forte imprégnation socialiste), s’il doit redouter des grèves, des sabotages, des absences pour maladie imaginaire, voire même des insultes, des séquestrations et des violences physiques ? L’entreprisophobie, qui donne lieu à toute une littérature cacographique ou pornographique (slogans sur les murs, banderoles de manifs, prises de parole à la télévision de détestateurs du monde patronal, presse de gauche…), freine à l’évidence la création d’entreprises, et la courbe du chômage ne s’inverse pas !

J’ai étudié les mécanismes de la création d’entreprise dans mon livre récent Les plus grandes entreprises (La Boîte à Pandore, Paris, 319 pages).

Il faudra étudier en profondeur les sources historiques et psychologie de l’entreprisophobie, particulièrement insidieuse en France, et clairement liée à la pensée de gauche. On découvre en tout cas facilement que l’entreprisophobie (comme l’antisémitisme) a de profondes racines chrétiennes : Jésus n’a-t-il pas chassé les marchands du Temple ?

Et pourtant ce même Jésus avait d’authentiques talents d’entrepreneur. Il savait s’entourer de collaborateurs dévoués, les apôtres, et aurait pu faire fortune dans le secteur agroalimentaire, car il connaissait le moyen de changer l’eau en vin.

Mais au fait, quelle est la plus ancienne, la plus riche et la plus grande « multinationale », dans le monde d’aujourd’hui ? N’est-ce pas l’Eglise catholique romaine ? Qui a su développer et vendre un produit-miracle (forcément !), qui a de nombreux clients : l’espérance.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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anonyme 28/08/2016 12:14

Magnifique article.
Jean Baudet, tout en ne pouvant être suspecté d'être un suppôt du capitalisme, comprend parfaitement les rouages du monde de l'entreprise.
Sa contribution sur le goulot d'étranglement des professions intellectuelles techniques est tout à fait pertinente. Je le constate tous les jours dans ma profession d'assistance aux entreprises.
Ce goulot d'étranglement n'est en outre que très rarement relevé dans la littérature.
Espérons que nous aurons le plaisir de lire Jean Baudet encore longtemps.