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Jean C. Baudet

De l'idealisme au materialisme

18 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

De l'idealisme au materialisme

La logique nous permet d’affirmer qu’il n’y a que deux ontologies possibles, le matérialisme et le non-matérialisme. Si l’on n’admet pas que cette alternative épuise les possibilités de la pensée philosophique, il vaut mieux s’occuper d’autre chose que de chercher à connaître les déterminations de l’Être ! Ou bien seule existe la matière, ou bien il existe la matière et autre chose, qui doit forcément être non-matérielle. Bien sûr, la notion un peu vague de « matière » doit être analysée jusqu’au niveau du concept, mais aussi vague soit-elle la notion de matière est « claire et distincte ». Est matière tout ce qui est de même nature que le corps humain (des os, du sang, des muscles), et en particulier tout ce qui est accessible par les sens (éventuellement aidés par une instrumentation forcément matérielle : microscopes, télescopes, etc.). L’unicité ontologique du corps humain (et plus largement du corps des êtres vivants) fait qu’il n’existe qu’une seule matière, et donc qu’un seul matérialisme. Mais il est possible d’envisager de nombreux non-matérialismes, selon les entités non-matérielles dont l’existence est admise. Par exemple, la religion hindouiste admet l’existence de nombreux dieux (de nature immatérielle), le christianisme admet l’existence d’un monde spirituel avec un dieu unique, des anges, des démons et les âmes (immatérielles) des hommes, le cartésianisme admet l’existence, à côté de la matière (appelée « étendue » par Descartes), de la pensée, etc.

Ainsi, le matérialisme est un monisme, les non-matérialismes sont des dualismes. On les appelle des idéalismes ou spiritualismes. Certains auteurs distinguent les idéalismes des spiritualismes, mais il s’agit toujours bien d’admettre l’existence autonome d’entités non-matérielles. Le terme « autonome » est indispensable. Les matérialistes acceptent évidemment l’existence de la pensée (sinon, comment philosopher ?), des idées, de la volonté, de l’inconscient, etc., mais il s’agit de réalités produites par la matière. Selon une formule, je crois, de Feuerbach, pour le matérialiste « c’est l’être qui produit la conscience, et pas la conscience qui produit l’être ».

Comment puis-je orienter mon travail d’étude et de réflexion pour pouvoir décider de la position à adopter ? Je remarquerai d’abord que si le matérialisme « a raison », cela revient à admettre que la philosophie coïncide avec la science, car alors l’Univers des physiciens, des astronomes et des biologistes coïncide avec l’Être (l’ensemble de tout ce qui existe vraiment). Même l’éthique et la politique dépendent alors de la science, puisque les « valeurs » ne sont pas ontologiquement autonomes par rapport à la matière (les idées d’humanité, de justice, etc., n’étant plus que des productions du système nerveux central).

Dois-je approfondir l’histoire de la philosophie, depuis le premier matérialiste (Thalès de Milet) jusqu’aux matérialistes contemporains (Badiou, Comte-Sponville, Quiniou, Onfray…) ? Dois-je par exemple réétudier en profondeur le « grand passage », vers 1840, en Allemagne, de l’idéalisme de Georg W.F. Hegel au matérialisme de Frédéric Engels et de Karl Marx ? Devrais-je relire, crayon en main, les œuvres de Friedrich von Schelling, d’Arthur Schopenhauer, de Max Stirner, de Bruno Bauer, de David Friedrich Strauss, de Jakob Friedrich Reiff, de Ludwig Feuerbach, de Friedrich Albert Lange ? L’érudition m’apportera-t-elle la grande réponse à la grande question de l’Être : y a-t-il une scission dans l’Être, ou le Réel coïncide-t-il parfaitement avec le Monde des scientifiques ? Les idéalismes, et notamment les religions, sont-ils des mystifications, sont-ils des productions des « facultés mentales » (l’activité du système nerveux) imaginées astucieusement par les forces biologiques pour rendre la vie supportable ? Je relis en ce moment L’essence du christianisme de Feuerbach, dans la traduction de 1968 de Jean-Pierre Osier. J’essaye de reconstituer la filiation des idées qui, avec les travaux de Reiff, de Feuerbach, d’Engels et finalement de Marx, conduisirent du schéma hégélien « l’Esprit fit apparaître la Nature » au schéma inverse du matérialisme « la Nature fit apparaître l’Esprit ».

En relisant ces grands penseurs, ces grands Allemands qui étudièrent avec le plus de profondeur et de subtilité la question de l’Être, rejetant dans l’archaïsme les pensées encore naïves et débutantes d’Anaxagore et de Platon, vais-je, un jour prochain, pouvoir me décider pour ou contre les idéalismes, et savoir enfin si j’ai une âme ? Et si Marx avait raison ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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