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Jean C. Baudet

Une histoire de la science

3 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire, #Gnoséologie

Une histoire de la science

Il y a quelques mois, je faisais paraître, aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 317 pages intitulé Les plus grandes dates de la science. Il s’agissait de résumer l’histoire de la science de manière à faire apparaître la filiation des idées (observations, hypothèses, vérifications…) qui a conduit à l’impressionnant édifice de la science de ce début de XXIème siècle : la fuite des galaxies, la chimie des protéines, la biologie moléculaire, les quarks, etc., etc. Il s’agissait, plus radicalement encore, de voir comment ces millions de savoirs (la distance de la planète Mars, la longueur d’onde des ultraviolets, la vitesse de la lumière…) se sont agrégés en une connaissance cohérente, immense, extrêmement vaste (de l’infiniment petit des quarks et des gluons à l’infiniment grand des étoiles et des trous noirs), précise, spectaculairement complexe, et constamment vérifiée par l’efficacité de la technologie. Il s’agissait de comprendre comment l’Humanité (ou du moins une petite fraction de l’Humanité) est capable d’acquérir des savoirs. Car les créateurs effectifs de la science sont étonnamment peu nombreux, parmi des milliards d’hommes, et je n’en trouve, dans toute l’histoire, que quelques centaines : Démocrite, Aristote, Ptolémée, Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Linné, Lavoisier, Volta, Oersted, Darwin, Einstein et les autres. Y compris une quarantaine de femmes (voir mon livre Les plus grandes femmes de la science).

Le mot « science » peut être compris dans un sens très large : savoir, connaissance, qu’il avait déjà dans l’Antiquité latine : scientia, avec pour synonymes cognitio et doctrina. Mais l’épistémologie donne au terme « science » un sens plus précis, bien déterminé, il ne s’agit pas d’un savoir quelconque (la « science du chauffeur de taxi »), mais d’un système de savoirs acquis selon une méthode particulière, intellectuellement très exigeante, que l’on appelle évidemment la « méthode scientifique ». Mes travaux d’histoire « des sciences » et la réflexion gnoséologique m’ont amené à définir la science comme une représentation discursive du réel acquise par la combinaison systématique d’observations à l’aide d’instruments (instrumentation : télescopes, microscopes, spectromètres…) et de raisonnements mathématisés, à l’exclusion de tout recours à des traditions ou à l’intuition. Je situe l’avènement de la science, au sens restreint du terme, en 1543, avec la publication du De revolutionibus orbium coelestium de Copernic. En tant que « système de pensée », la science s’oppose frontalement aux religions (par le rejet de toutes traditions prétendues sacrées), elle se distingue aussi de la philosophie et des idéologies, qui n’ont pas recours à l’instrumentation et ne peuvent dès lors pas vérifier leurs propositions.

Epistémologiquement et sociologiquement, la science fait partie d’un « continuum épistémique » que j’appelle STI, « science-technique-industrie », base intellectuelle de l’activité des laboratoires de recherche (S), des bureaux d’études (T) et des entreprises (I). La Civilisation est formée du couple STI et non-STI, communément appelée « culture », ou mieux « cultures », car il y a autant de cultures (musiques, mythes, idéologies, pratiques sociales…) qu’il y a de communautés distinctes. Il y a une seule STI, universelle, mais il y a des centaines de cultures, par exemple la culture anglaise et la culture écossaise. Le psychologue découvre facilement que la STI est une production de l’intelligence et que la culture est une production des sentiments : la production de théorèmes et celle de poèmes ne mettent pas en action les mêmes ressources mentales.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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