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Jean C. Baudet

Caterpillar, Gosselies, Grenoble

3 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie

Caterpillar, Gosselies, Grenoble

Quand je dirigeais le magazine Ingénieur et Industrie, de 1979 à 1996, j’ai eu l’occasion de visiter de très nombreuses entreprises industrielles en divers pays d’Europe (Siemens, Bayer en Allemagne, Philips aux Pays-Bas, ABB en Suisse, etc.) et d’interviewer certains cadres et dirigeants de plusieurs de ces sociétés. C’est ainsi que j’ai connu la MBLE à Bruxelles, les ACEC à Charleroi, Cockerill à Seraing, et d’autres usines belges de belle technologie aujourd’hui disparues. Car les entreprises sont aussi mortelles… Cela m’a permis de rassembler une abondante documentation qui me servira pour étudier les origines et le développement d’une trentaine des plus importantes multinationales dans un livre paru aux éditions Jourdan (Curieuses histoires des entreprises), puis augmenté et réédité aux éditions La Boîte à Pandore (Les plus grandes entreprises).

Ces entretiens et ces visites – il y a plus de vingt ans, déjà – m’ont appris le principe simple (« simpliste » diront mes adversaires), fondamental et universel de la gestion d’entreprise, que l’on enseigne d’ailleurs dans les écoles d’ingénieurs : « pour maximiser les bénéfices, il faut minimiser les coûts ». Terrifiant principe, qui est en somme l’expression dans la vie économique du « struggle for life » des biologistes.

Quand j’ai appris la fermeture prochaine de l’usine de Caterpillar à Gosselies (voir mon billet précédent), j’ai été terrifié par le malheur qui allait, une nouvelle fois, s’abattre sur la Wallonie en cours de désindustrialisation. On parle de la perte de 2 200 emplois, auxquels s’ajouteront des milliers d’emplois perdus chez les fournisseurs et les sous-traitants ! La société américaine ferme ses installations à Gosselies, mais maintient son activité productrice à Grenoble. Et les commentaires vont bon train : pourquoi garder l’usine en France et fermer celle en Belgique ? Curieux questionnement ! Les hommes ne sont-ils pas tous égaux, et un travailleur français (ou chinois, ou polonais) ne vaut-il pas un travailleur belge ? Du point de vue général (le bien de l’Humanité), que l’on produise des engins de génie civil en Wallonie ou en Alsace ou chez les Coréens, qu’est-ce que ça change ? Ne faut-il pas partager ?

Le responsable de ce désastre est, nous dit-on à gauche, l’état-major de la société américaine. Cela va de soi ! Mais il faut aller plus loin. L’élément responsable est la rapacité des actionnaires, nous dit-on à l’extrême gauche. Je passe sur le fait que s’il n’y avait pas d’actionnaires il n’y aurait pas Caterpillar, qui donne un salaire à plus de 100 000 personnes dans le monde ! Mais il faut aller encore plus loin. Le responsable de la fermeture à Gosselies, c’est la concurrence faite à Caterpillar par d’autres entreprises, capables elles aussi de construire et de vendre des pelleteuses et d’autres engins sur roues ou sur chenilles. Et le facteur causal se révèle ainsi être, au bout de l’observation attentive de la marche du monde, l’explosion démographique. En 1956, quand Caterpillar crée une filiale en Belgique, la population mondiale est de 2,6 milliards d’individus. Aujourd’hui, elle est de 7,5 milliards de gens, qui tous voudraient un emploi, à Gosselies, à Grenoble et ailleurs !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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