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Jean C. Baudet

Sur la question de l'Etre

18 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Finalement, la seule question qu’il importerait de résoudre est la question de l’Être, puisque d’elle découlent toutes les problématiques qui assaillent l’esprit humain (esthétique, éthique, politique…). Mais voilà déjà qu’à peine formulée la question nous place devant une inextricable difficulté, qui est celle du lien causal, dont l’existence est indispensable pour que l’on puisse développer des réflexions discursives (rationalisme) ou des observations démonstratives (empirisme). La connaissance de l’Être ne peut conduire à des connaissances dérivées que si le principe de causalité est valable, c’est-à-dire s’il existe effectivement une liaison absolue et objective entre l’Être et la raison, et donc entre l’Être et le langage par lequel la raison s’exprime. C’est, en philosophie, le truisme (et l’immense difficulté) de l’interdépendance de l’ontologie et de la gnoséologie. Parménide d’Elée, un des premiers penseurs à avoir résolument arraché la question de l’Être aux traditions archaïques du mythe, pensait avoir trouvé la clé du « logos » dans la négation qui oppose l’Être au non-Être, c’est-à-dire au Néant, annonçant les ambitieuses synthèses d’Aristote, de Descartes et Spinoza (et donc de Husserl qui reprend la méditation du cogito), de Hegel… Cela conduit aux conceptions « dialectiques » de l’Être, comme le marxisme, qui « résolvent » la question du changement (passage mystérieux de l’être au non-être) par l’attribution à l’Être d’une capacité dynamique, dialogique, proposée déjà par Héraclite d’Ephèse. C’est en somme l’explication, toute verbale et peut-être naïve, du mouvement par le moteur (Aristote), de la modification par l’agent capable de modifier.

Constatant les apories auxquelles conduit l’usage seul de la raison dans le travail philosophique, Protagoras, Gorgias et d’autres que l’on a appelés les sophistes ont initié une nouvelle tradition de recherche qui est un « retour au concret », un examen de la « condition humaine », conduisant à ce que les contemporains appelleront les existentialismes, qui sont des « humanismes ». Des formules comme « l’homme est la mesure de toutes choses » (Protagoras), « connais-toi toi-même » (Socrate), « chez l’homme, l’existence précède l’essence » (Sartre) expriment ce courant de pensée.

J’ai tenté, au début des années 1980, d’effectuer un « retour au concret » (une approche indirecte de la question de l’Être) par la considération du primat de la Technique. Cette-ci étant l’ensemble des moyens dont se dote l’homme pour répondre à ses besoins, il s’agissait de développer une philosophie à partir des besoins humains, c’est-à-dire de la situation des hommes face à la souffrance. Car « être », c’est toujours « avoir besoin », souffrir, tôt ou tard.

Mais comment passer de l’être souffrant de l’homme à l’Être dans sa plénitude et son mystère ? La formidable difficulté de ce passage me conduit au scepticisme. Mais je cherche encore…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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