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Jean C. Baudet

La Civilisation et les douleurs

21 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Civilisation, #Philosophie

De nombreux hommes se soucient du sort de l’Humanité et de l’avenir de la Civilisation. C’est qu’il y a de quoi s’inquiéter : chômage, famines, réchauffement de l’atmosphère, misère, obscurantisme religieux, terrorisme islamiste, disparition annoncée des baleines et des éléphants, immigrations massives, drogues, développement de l’autoritarisme (Corée du Nord, Russie, Turquie…), etc. Mais que peut-on faire ? Voter pour Clinton plutôt que pour Trump ? Soutenir Juppé plutôt que Fillon ? On voit bien que l’individu ne peut guère influencer les tendances lourdes de l’Histoire, et pourtant de nombreux hommes se soucient du sort de l’Humanité. C’est pour éviter d’avoir à penser à leur propre destin. Car il est « écrit », et rien ne peut le changer : vieillissement, douleurs, agonie, mort ! C’est pour échapper à la pensée sur soi et sur son inéluctable déchéance que l’homme se préoccupe de l’Humanité. Il se réfugie dans « l’oubli de l’Être » (Heidegger), qui est en fait l’oubli de son être et de son devenir, pour ne pas penser. Car « penser », ce n’est pas spéculer sur les énergies « renouvelables », sur le développement « durable », sur le commerce « équitable », sur le « vivre-ensemble » et sur la bonne « gouvernance », penser c’est avoir pleinement conscience de sa finitude et des souffrances qui attendent chacun. Pascal, déjà, avait compris que ce qu’il appelait le divertissement n’est qu’un subterfuge du vivant pour oublier la mort et pour entretenir une plaisante insouciance. Et malgré leur splendeur parfois sublime, l’Art, la Musique, la Littérature et la Poésie ne sont que d’astucieuses machinations du vivant pour éviter de penser à la mort. Même les histoires les plus tristes imaginées par les dramaturges, même les romans les plus noirs ou les chants les plus désespérés ont pour but de nous distraire de la « vraie vie », de ce que Heidegger, encore lui, appelait « Être et Temps ».

Ainsi, la philosophie vraiment « profonde » n’est pas l’érudition des professeurs qui décortiquent pendant toute une vie studieuse les dialogues de Platon, ou qui tentent de déterminer si le spinozisme était un matérialisme ou un panthéisme. Ainsi, la philosophie vraiment « authentique » ne consiste ni à forger des concepts, ni à rassurer le bon peuple avec de belles phrases sur l’honneur de l’humanité, sur la liberté et l’égalité, et sur l’amour, comme dans les chansons. La philosophie vraie n’est ni l’étalage d’un savoir rare, ni une consolation. C’est la recherche du réel. Peut-être y a-t-il « quelque chose » après la mort mais, en attendant, il y a au moins la certitude, pour chacun dans sa solitude « existentielle », de douleurs à venir, chagrins inconsolables ou souffrances physiques insupportables. C’est moins amusant qu’une chanson de Charles Trenet ou qu’un monologue de Raymond Devos. Mais, si ça vous fait du bien, vous pouvez chanter Y a de la joie ! en imaginant le « changement de système » (sic) qui apportera le bonheur à 8 milliards de mammifères doués d’une conscience et empoisonnant les sols, les eaux et l’atmosphère de leurs déjections.

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Ivette 21/11/2016 19:55

.....Rien de bien gai dans ces constats.Mais cela ne me dérange pas.
Cependant....il faut bien vivre n'est-ce pas?Et lire,et s'interroger?Vous-même écrivez dans cet océan de désolation,et appelez à lire vos livres.Vous n'échappez donc pas à notre condition commune.
Bien à vous,Ivette