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Jean C. Baudet

Les mots

3 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature, #Editologie

C’est une évidence bien connue. On pense avec des mots. On écrit avec des mots. La philosophie et la littérature ne sont que des mots, des « ensembles de textes édités » (d’où le concept d’éditologie). Mais les mots du penseur n’ont pas la même fonction que celle des mots du littérateur, qu’il soit romancier, poète, essayiste… Même si certains auteurs cumulent une œuvre philosophique avec des productions littéraires, la différence est radicale entre le travail littéraire et le travail philosophique. Pour le dire avec des mots (forcément…) trop simples, empruntés à Pascal, les termes de la philosophie visent à atteindre la « raison » et sont le fruit de l’intelligence, quand les termes de la littérature veulent ébranler le « cœur » et sont le fruit du sentiment. Encore y a-t-il de l’intelligence, parfois très déliée, dans les textes littéraires, et du sentiment, parfois très vif, dans les ouvrages des philosophes.

Il ne faut pas confondre les mots et les choses, et avec les vocables dont nous disposons dans les différentes langues, le rapport entre un mot et la chose qu’il désigne est au moins ternaire. Le mot désigne un concept (une idée, une « représentation mentale »), qui détermine une chose. On ne confond pas cette pierre (qui « existe » dans mon vécu, c’est peut-être une pierre sur laquelle j’ai trébuché) avec l’idée de pierre (qui existe dans mon « esprit ») ni avec le mot « pierre » (qui devient stone en anglais ou Stein en allemand).

Nous proposons d’appeler « verbosphère » l’ensemble de tous les mots, pour s’associer au terme « noosphère » que Pierre Teilhard de Chardin a utilisé pour désigner l’ensemble des idées, se référant aux termes « atmosphère », « lithosphère », etc. de la géophysique. La verbosphère et la noosphère sont observables matériellement, sous la forme concrète de tous les livres disponibles dans toutes les bibliothèques et librairies. Encore faut-il savoir lire !

Verbosphère et noosphère sont les deux composantes principales de la « culture », si on accepte de désigner par ce mot (à ne pas confondre avec « civilisation ») l’ensemble des productions intellectuelles de l’Humanité.

Verbosphère et noosphère correspondent aussi à la « médiasphère » du philosophe Régis Debray, l’inventeur de la médiologie, qui rejoint assez bien les analyses de l’éditologie, quand elle fait du médium (c’est-à-dire de la Technique) la base du développement de la pensée. Debray, recherchant le progrès technique (des choses) qui génère le progrès intellectuel, modernisant la loi des trois états d’Auguste Comte, découvre que la médiasphère est passée par trois moments successifs : la logosphère (l’invention du langage), la graphosphère (l’invention de l’écriture), la vidéosphère (l’électronique).

Ainsi, face aux mystères de l’Univers, face aux plaisirs et aux souffrances de sa propre existence, face à la hantise de son destin, le philosophe n’a que des mots – être, connaître, disparaître – pour échapper à l’épouvante et pour apaiser sa soif de vérité.  

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Michel Degreef 21/12/2016 23:49

Merci pour vos publications que je découvre ce soir.