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Jean C. Baudet

La science et la philosophie

23 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie

Parmi tous les systèmes de pensée (mythes, religions, littératures, etc.), la philosophie et la science occupent la place éminente des systèmes les plus sophistiqués, les plus élaborés, ayant obtenu des résultats nombreux et étonnants, et apparus très tardivement au cours de l’évolution de l’Humanité. Alors que les mythes et les poèmes apparaissent dès la Préhistoire après l’invention du langage, on peut dater l’avènement de la philosophie de 600 avant notre ère, avec les premières réflexions de Thalès de Milet, et la science ne se distingue de la philosophie qu’en 1543, avec les travaux en astronomie de Copernic et en anatomie de Vésale. Il faut, bien entendu, utiliser les termes « philosophie » et « science » avec le sens restreint et précis qu’ils ont pour les épistémologues, et ne pas qualifier de philosophie les simples « sagesses » du vulgum pecus, ni parler de science pour désigner les savoirs ordinaires des peuples primitifs. Avec de telles acceptions élargies, on parlerait aussi bien de la philosophie des léopards et de la science des girafes, puisqu’ils ont évidemment des savoirs. Encore convient-il d’associer à la science la technologie et l’industrie, et de prendre en compte ce que nous avons appelé la « STI » (science-technologie-industrie), qui constitue un complexum épistémique.

Comment alors définir la philosophie et la science, et comment les distinguer ? Ces deux systèmes de pensée – qui par leur apparition tardive séparent les cultures avancées des cultures archaïques – diffèrent par leur objet et par leur méthode. La méthode de la philosophie consiste à n’utiliser, pour acquérir de nouveaux savoirs, que l’observation et le raisonnement. Celle de la science consiste à y ajouter l’instrumentation (le quadrant de Copernic, le scalpel de Vésale…). Ainsi, l’objet de la quête philosophique est « tout », ce que depuis Aristote on appelle l’Être (on, ontos), ce qui est visible ou invisible, ce qui est indicible comme ce qui est nommable. Quant à la science, sa méthode même en fixe les limites. La recherche scientifique ne considère de son ressort que la partie de l’Être accessible par les sens, éventuellement prolongés et renforcés par des instruments de plus en plus performants : les télescopes et microscopes pour observer ce qui est invisible à l’œil nu, les compteurs de radioactivité qui rendent observable une réalité que les sens du corps humain ne peuvent pas percevoir. La science ambitionne de connaître « la Matière », et de cette connaissance la technologie et l’industrie en tirent des applications « utiles », ne serait-ce que la production d’eau potable. Les ambitions de la philosophie sont plus vastes, elle veut déterminer la valeur de la science, et son programme de connaissance est illimité : rien de ce qui existe ne lui est étranger !

Cette distinction entre science et philosophie n’est pas toujours bien comprise. La science conduit à des certitudes. Nul n’ignore et ne conteste, aujourd’hui, que deux et deux font quatre (arithmétique), que la Terre tourne autour du Soleil (astronomie), que le bois des arbres et l’eau des mers sont formés de molécules (chimie), que les insectes ont six pattes (biologie), que les hommes diffèrent par la couleur de leur peau (anthropologie), que Louis XIV a succédé à Louis XIII (histoire)… La philosophie conduit à des doutes. Elle est le meilleur rempart contre l’obscurantisme et le fanatisme, et contre toutes les formes de dogmatisme. Mais qui a l’audace de mettre en doute le vénérable enseignement des traditions, quand elles sont « politiquement correctes » ?

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