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Jean C. Baudet

Un exercice metaphysique

17 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je veux, une fois encore, m’efforcer d’atteindre les fondements de la recherche philosophique, c’est-à-dire déterminer radicalement, en allant « zu den Sachen selbst » (Husserl), s’il est possible d’atteindre le « métaphysique », c’est-à-dire la source cachée de l’Être. Méta-physique, c’est-à-dire au-delà de la nature (physis), qui est accessible au vulgum pecus des physiciens et des penseurs du dimanche. Je baserai ma réflexion sur quelques définitions communément acceptées, qu’il s’agira d’approfondir pour s’aventurer résolument sur le chemin rempli d’embûches de l’ontologie.

Voici.

L’esprit humain produit des idées et des émotions. Les idées justes forment la Vérité. Les émotions agréables forment la Beauté. J’appelle « Science » la recherche d’idées justes. J’appelle « Art » la recherche d’émotions agréables. La Science et l’Art constituent la « culture », qui devient la « Civilisation » quand, au cours du processus historique, elle atteint un certain degré de perfection.

Ces définitions, destinées d’abord à fixer le vocabulaire (Vérité, Beauté, Science…), peuvent être facilement admises, et proviennent de l’observation naïve (non encore philosophique) des expériences de la vie ordinaire : des idées « nous passent par la tête », nous « savons » que deux et deux font quatre, nous sommes émus en réécoutant un quatuor de Beethoven. Mais quand nous voulons dépasser l’expérience banale, quand nous voulons passer du bavardage au travail philosophique, des abîmes de difficultés nous attendent, et nous voyons se dérouler devant nous (pendant nos lectures et nos réflexions), avec effroi et vertige, la longue série des philosophes qui, depuis Thalès, s’efforcent d’atteindre la source créatrice des êtres et des choses, de l’esprit humain, des idées et des émotions…

Et d’abord, qu’est-ce qu’une idée, qu’une émotion ? Des productions de l’esprit humain, certes, mais qu’est-ce alors que cet esprit, que les Grecs appelaient logos, que les modernes appellent « raison », et que les contemporains appellent « cerveau ». Est-ce le cerveau la source de nos pensées, ou n’est-il que l’instrument d’un acteur qui échappe aux investigations des anatomistes et des neurologues ? On voit qu’on arrive inextricablement à des définitions circulaires, qui nous laissent au seuil d’une connaissance véritable : l’idée est ce qui est produit par l’esprit (ou la raison, ou l’âme…), et l’esprit est ce qui produit l’idée ! Avec Husserl, nous pouvons enrichir notre vocabulaire et appeler « noèse » l’activité de production d’idées et d’émotions, mais cela ressemble un peu à la vertu dormitive de l’opium des médecins de Molière.

Nous pouvons chercher à éclaircir notre problème eidétique (il s’agit de mettre au jour les essences des entités que nous examinons) en ayant recours aux métaphores, et nous pouvons considérer que l’esprit est à l’idée comme le feu est à la chaleur. Mais ce n’est encore que du verbalisme ! Et puis, l’esprit est-il autonome dans ses productions, ou celles-ci sont-elles déclenchées par un extérieur à l’esprit, au « Moi » entouré d’un « non-Moi » ? Car c’est bien du Moi qu’il s’agit, quand on s’adonne à la philosophie. Il n’est pas question de simplement assouvir une curiosité, d’étancher une « soif de connaissance », comme quand on fait de l’astrophysique ou de l’ornithologie, ou de « passer le temps », comme quand on fait du macramé, mais il s’agit pour le philosophe de sa vie même, et de tenter de connaître et de comprendre l’extérieur mystérieux qui l’englobe et qui détermine son destin de souffrance et de mort, et peut-être même son avenir après la mort. Or, vingt-six siècles nous le montrent, la philosophie ne parvient pas (jusqu’à présent ?) à dépasser la circularité de ses analyses, et n’a aucun dogme à proposer. Elle n’enseigne que le doute, un doute méthodique qui, s’il ne conduit pas au bonheur, constitue cependant un remède au fanatisme. Ce n’est pas rien, car le fanatisme, cette altération exécrable de l’esprit, est ce qui empêche certaines cultures de devenir Civilisation.

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