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Jean C. Baudet

Sur le progres de la philosophie

1 Juin 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science

La philosophie, selon la précieuse définition d’Aristote, est l’étude de l’Être en tant qu’être (to on è on). Et l’œuvre immense du Stagirite est divisée en trois parties : la logique (dont Aristote est en réalité l’inventeur), la physique et la métaphysique. On peut d’ailleurs pousser plus loin l’analyse et séparer ses travaux en deux groupes seulement, la métaphysique (qu’Aristote appelait la « philosophie première ») et la physique (que les auteurs latins appelleront philosophia naturalis). En effet, la métaphysique et la logique sont inséparables chez le fondateur du Lycée, et la grande discrimination posée par cet immense philosophe a consisté à opposer les objets de connaissance accessibles par l’observation sensorielle de l’empirisme (la « nature », le monde) à ceux qu’il espérait accessibles par la raison du rationalisme (la « sur-nature », le méta-physique de l’arrière-monde). Je rappelle que nature se dit physis en grec. Aujourd’hui, cette scission dans la pensée correspond à la distinction entre « science » et « philosophie ».

Ce partage de l’œuvre aristotélicienne en deux domaines rigoureusement séparés par une dichotomie de l’Être (qui réactive l’opposition du corps et de l’âme de la pensée archaïque des religions) est basé sur la lecture des traités du maître, et plus encore sur l’examen des travaux de ses commentateurs et de ses continuateurs, tant il est vrai que l’histoire de la haute pensée, depuis le temps du Lycée et des péripatéticiens jusqu’à nos jours, peut être écrite comme la longue lutte entre la doctrine d’Aristote et les tentatives, souvent réitérées, d’échapper à une logique basée en somme sur les évidences (un peu désespérantes) du sens commun, de ce « bon sens » que Descartes, avec une mordante ironie, disait la chose la mieux partagée du monde. Car nous le savons bien : l’intelligence est très rare chez les « animaux raisonnables », chez qui la raison est plus potentielle qu’effective. Je renvoie ici à mes livres et articles d’histoire de la pensée (notamment : Les plus grandes dates de la science et Les plus grandes dates de la philosophie).

Ce qui est alors d’une considérable conséquence épistémologique, c’est de constater en étudiant l’histoire de la pensée dans le détail, chez les successeurs d’Aristote, que la physique de ce dernier est dépassée de fond en comble, et que plus rien ne subsiste de l’aristotélisme concernant le mouvement des planètes (Copernic, 1543), la circulation du sang (Harvey, 1628), la classification des éléments (Mendéléev, 1869), la reproduction des êtres vivants (Watson, 1953), etc. Alors que la métaphysique d’Aristote, malgré les milliers de textes publiés par des centaines de philosophes, est toujours d’actualité et foncièrement inchangée, mais pas par ses résultats, mais par ses questionnements toujours pendants. Nous ne savons toujours pas si les dieux existent (théologie), si l’esprit est distinct de la matière (hylémorphisme), s’il y a une vie après la mort (eschatologie), si des valeurs doivent guider l’action humaine (éthique), et le choix entre dictature et démocratie (politique) n’est pas encore fait universellement.

De manière brutale, je dirais que « la science physique progresse, quand la philosophie métaphysique bavarde ».

Mais ne nous y trompons pas ! Le bavardage des philosophes, la chose la moins répandue dans le monde, est aussi la chose la plus nécessaire aux hommes, car il conduit au doute, et protège l’Humanité contre la séquence infernale dogmatisme-fanatisme-terrorisme.

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