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Jean C. Baudet

Propos sur la délocalisation

31 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie

Les organisateurs de la Pensée Unique, très à gauche comme on sait, ont trouvé une nouvelle cause à tous nos malheurs : les délocalisations. On n'ose plus trop vilipender le patronat, car on a fini par comprendre que pour "redistribuer les richesses" il faut d'abord les produire, et que les seuls producteurs de biens et services sont les entrepreneurs. Même une entreprise nationalisée a besoin de cadres, c'est-à-dire de patrons... Mais on hurle (la gauche est toujours vociférante, drapée dans ses certitudes) contre les patrons qui délocalisent tout ou partie de leurs activités productrices et commerçantes. Quel manque d'analyse ! Car enfin, croit-on vraiment qu'un patron français installe de gaieté de coeur une unité de production en Roumanie, en Pologne, en Chine ?... Ne préférerait-il pas cent fois développer son entreprise en France, pas par patriotisme, mais par simple bon sens : il connaît la langue, les réglementations, il y a de précieuses relations d'affaires... Car il va devoir tenir compte d'une langue étrangère (on n'apprend pas le chinois en deux semaines...), d'une culture étrangère, de réglementations étrangères, sans compter les coûts des déplacements et des transports. Tout cela représente des risques et des sur-coûts. Seulement, voilà ! Si, tous comptes faits, il s'avère que le prix de revient et les perspectives de vente sont meilleures en Roumanie qu'en France, quel serait l'imbécile qui continuerait à produire chez les Français ? On appelle cela la "loi du marché". J'appelle cela la logique et l'éthique. Car qu'est-ce qui est plus éthique, quelle est la décision la plus morale ? Poursuivre une activité dans "son pays" jusqu'à la faillite, c'est-à-dire à la cessation de la production et au licenciement de tout le personnel ? Ou poursuivre cette activité à l'étranger, mais pendant peut-être un temps beaucoup plus long ? L'essentiel n'est-il pas de produire des richesses et de fournir des emplois ? A moins que la Pensée Unique nous explique qu'un travailleur français est supérieur à un travailleur roumain, et qu'il doit être privilégié, qu'il faut établir une discrimination volontariste entre les Français et les Roumains.

 

Evidemment, il est logique et éthique de distinguer. Mais pas entre les nationalités, les langues ou les sexes, mais entre les producteurs et les parasites. La Fontaine, qui ne manquait ni de logique ni d'éthique, appelait cela les fourmis et les cigales. La crise économique, en France et ailleurs, montre ce qu'il advient des cigales.

 

Hélas, dix fois hélas, la droite n'a que deux armes, peu effrayantes, la logique et la pédagogie. La gauche est mieux armée, car à la démagogie elle ajoute la menace des émeutes, du saccage, de l'assassinat des opposants et du terrorisme. Cette inégalité explique fort bien le "sens de l'Histoire", et ne me conduit guère à l'optimisme.

 

Je note une petite phrase dans un livre de l'archéologue belge Nicolas Cauwe : "Sans doute l'imagination débridée est-elle plus facile à transmettre que la science". Sans aucun doute ! L'économie politique imaginaire est plus "sympathique" que l'économie politique scientifique.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le retour sur soi

30 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Moi

Tous les critiques littéraires vous le diront : un premier roman est toujours plus ou moins autobiographique. Ce qui est vrai du romancier l'est encore plus du philosophe, car le travail philosophique commence toujours par un travail sur soi. Notre propre existence (avec ses plaisirs et, surtout, ses souffrances) est en effet notre première et seule certitude. Je peux douter de l'existence de Nicolas Sarkozy ou d'André Comte-Sponville, je ne peux pas douter sérieusement de l'existence - douloureuse - de Jean Baudet. Mon lecteur, forcément cultivé, peut dresser lui-même la liste des grands noms qui commencèrent leur méditation par une réflexion sur eux-mêmes, qui furent des "analystes de l'ego" : Socrate ("connais-toi toi-même"), Descartes ("je pense donc je suis"), Husserl (la phénoménologie comme exploration de ma conscience)...

 

C'est ainsi que je me souviens parfois de mes années d'enseignement, et parfois aussi, mais dans une brume plus opaque, de mes années d'études. Ainsi, je me souviens aujourd'hui d'une de mes premières dissertations, quand j'étais en classe de poésie ou de rhétorique, je ne sais plus ce détail, mais je me rappelle que mon professeur de français était Maurice-Jean Lefèbve. Le sujet était le célèbre "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Aucun des lycéens que nous étions ne vit que "conscience sans science c'est con" : on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans...

 

Je rédigeai donc mon travail, et je me souviens "comme si c'était hier" des louanges du professeur, qui avait beaucoup aimé mon texte, dans lequel je comparais une femme qui tricote (et qui a conscience de tricoter) et une araignée qui tisse sa toile. J'ai souvent, depuis, exploité ce thème des toiles d'araignées, immuables dans leur "technique" pendant des millénaires. C'est d'ailleurs un lieu commun en philosophie de la technique, matière que j'ai enseignée de 1985 à 1993, ce qui m'a donné l'occasion de parler souvent des araignées sans conscience. Je ne manquerai pas d'évoquer les toiles d'araignées dans mon livre Le Signe de l'humain (L'Harmattan, 2005), à la page 12, pour signaler la spécificité humaine de la technique, ce qui me donne l'occasion de citer Jean Brun (La main et l'esprit, 1963) : "il importe de dissiper le malentendu, souvent entretenu par des psychologues, selon lequel des animaux seraient capables d'utiliser des outils rudimentaires. Les sociétés animales ignorent totalement l'utilisation, la fabrication et la conservation de l'outil".

 

Quel cheminement de mon esprit, de 1960 à 2005, pour construire une philosophie de la technique à partir d'une méditation sur les toiles d'araignées ???

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur la démocratie

26 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Démocratie, #Islamisme

Ainsi donc, au "printemps arabe" va succéder un "hiver islamiste", que l'on peut prévoir long et rigoureux, malgré les acclamations enthousiastes et naïves des chantres habituels de la Pensée Unique (socialiste et islamophile), qui voyaient déjà les adorateurs d'Allah devenir démocrates, comme si la démocratie était compatible avec une croyance - quelle qu'elle soit, d'ailleurs ! Les dirigeants et experts civils, militaires et universitaires des USA, de l'UE et de l'OTAN bernés par quelques muezzins ! Quel plaisant spectacle ! Alors qu'en outre ces mêmes dirigeants "qui nous gouvernent" s'aperçoivent, mais un peu tard, que l'on ne peut pas dépenser longtemps l'argent que l'on n'a pas. Combien a coûté l'idiote intervention aérienne en Libye aux budgets des Etats européens incapables de trouver un peu d'argent pour organiser plus efficacement leur police pour lutter contre la criminalité ? Le plus drôle, c'est qu'il y a encore de bons apôtres qui proclament que la crise économique "est le résultat du libéralisme", et qu'il y en a encore d'autres (ou les mêmes) qui continuent de nous vanter les joies du "vivre ensemble". Sans même se demander avec qui ???

 

Que tout un pan de l'économie occidentale s'effondre du fait du poids des dépenses sociales (y compris l'aide aux pays sous-développés généralement hostiles) en même temps que l'Ordre Vert Nouveau se répand dans des régions de plus en plus vastes, voilà pourtant une double leçon qui devrait ouvrir les yeux des idéologues de toutes obédiences. Mais las ! Quand on n'a qu'une seule idée - trouvée un jour chez Marx ou chez Paul de Tarse -, on y tient, envers et contre tout. Ils appellent ça "être fidèle à ses convictions". Mais, disait l'autre, il n'y a que les imbéciles qui ne changent jamais d'avis.

 

Il n'est pas difficile de prévoir l'invasion prochaine d'Israël - le seul pays "démocratique" de tout le Moyen-Orient - et le génocide qui s'en suivra. La responsabilité historique en incombera aux dirigeants qui ont financé (avec de l'argent emprunté aux... pays arabes) le soutien des "peuples" (?) en Irak, en Libye, en Egypte... Le terrorisme récompensé...

 

Les impuissances occidentales sont devenues impuissantes du fait d'une partie de leurs "élites". A force de privilégier le rêve au détriment de la réalité, la réalité finit par se manifester. Et le rêve ("vivre ensemble") devient cauchemar.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

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Propos sur l'histoire et la science

25 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Il était belge. Chimiste de formation, il s'intéressait en fait à toutes les disciplines scientifiques, et se passionnait également - ce qui est rare chez les chimistes - pour la littérature et, plus encore, pour la philosophie. Avec l'aide de sa femme, dessinatrice, il a fondé une revue dédiée à l'histoire des sciences, son propos étant de fonder un "nouvel humanisme" basé sur la rencontre entre les "scientifiques" et les "littéraires", l'étude du passé intellectuel (surtout scientifique) de l'humanité devant être un lieu de contact entre chercheurs et littérateurs. Son ambition grandit alors qu'il étudiait l'histoire des astronomes, des physiciens, des biologistes, et il entreprit de composer une "Histoire générale des sciences", envisageant l'analyse critique de toutes les disciplines à toutes les époques. Il parvint ainsi à publier plusieurs volumes correspondant à ce projet.

 

Il est né le 31 août 1884 à Gand, et est décédé le 22 mars 1956, à Cambridge, aux USA.

Il s'appelait George Sarton.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur les révolutions

24 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

Le génie de Kant, face au rationalisme du Français Descartes (héritier malgré lui de Thomas d'Aquin, et donc d'Aristote) et à l'empirisme de l'Anglais Locke (héritier de Roger Bacon, et donc d'Aristote lu autrement), fut de renvoyer l'un et l'autre comme impotents, non tant du fait de l'indépassable séparation du phénomène et du noumène que de la nécessaire coopération entre la sensibilité (die Sinnlichkeit) et l'entendement (der Verstand). Et alors même que Kant faisait son immense découverte (en 1781), les Anglais, notamment James Watt, et les Français, notamment Antoine-Laurent de Lavoisier, associaient l'empirisme et le rationalisme (la main et l'esprit) pour révolutionner la Science et l'Industrie.

 

C'est en 1986 - alors que je rédigeais mon livre Les Ingénieurs belges - que j'ai découvert ce synchronisme, cette extraordinaire conjonction des trois vraies révolutions dans les années 1780 : la Révolution philosophique de Kant, la Révolution industrielle de Watt, la Révolution chimique de Lavoisier. Les trois grands pays à la pointe de la Civilisation à la fin du XVIIIe siècle apportaient chacun leur contribution à une rénovation profonde des travaux de l'esprit : connaître (la science), faire (l'industrie), comprendre (la philosophie).

 

Cette théorie des trois révolutions simultanées n'est-elle pas plus grave, plus profondément significative, plus formatrice d'humanité que les hochets habituels des pédagogues, tels que "Louis XIV et Louis XV", ou "Verlaine et Rimbaud", ou "Danton et Robespierre", quand ce n'est pas "Marx et Freud" ou "Maeterlinck et Verhaeren" ? Il me semble, en tout cas, qu'il est plus important, pour l'humaniste "de notre temps", pour la jeunesse qui entre dans l'action et qui veut être "cultivée", de connaître les oeuvres de Kant, de Watt et de Lavoisier que de connaître celles de Baudelaire ou des Rolling Stones.

Mais, me direz-vous, est-il vraiment important de penser ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pascal Gaudet et Emmanuel Kant

22 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Kantisme

Pascal Gaudet est docteur de l'Université de Paris-XII, et il s'est spécialisé dans l'étude de la doctrine de Kant. Il a déjà consacré six livres aux théories de l'inventeur du criticisme, et il vient de publier un septième ouvrage, toujours chez le même éditeur (L'Harmattan, à Paris), intitulé Kant et la fondation de l'architectonique de l'existence. Passionnant ! Remarquable déjà par sa connaissance très fine du kantisme ! Plus remarquable encore par la documentation rassemblée : Gaudet n'a pas manqué de lire Husserl, Heidegger, Ricoeur, Richir, Levinas... On notera cependant l'absence de Fichte et de Hegel, et peut-être ces absences sont-elles significatives. Mais il est vrai que l'on ne peut pas, dans un ouvrage d'une centaine de pages, tenir compte de tous les auteurs qui ont commenté l'oeuvre d'Emmanuel Kant.

On sait qu'il s'agissait, pour Kant, d'interroger la raison par la raison, de comprendre la structure (ou "architectonique") de celle-ci, ce qui conduit à rechercher les limites de la connaissance humaine. Gaudet - comme déjà Husserl et les autres phénoménologues - tente d'aller plus loin, et il examine la relation entre le sujet et l'objet en tenant celui-là (pourquoi d'ailleurs le moi plutôt que le non-moi ?) comme "origine spontanée de l'institution de penser" (page 41). D'où, pour Gaudet, une conclusion programmatique : il faut développer la philosophie comme "fondation de l'existence de l'homme" (p. 41). C'est vrai que le surgissement de ce que Heidegger appellera l'être-pour-la-mort est le problème central de la philosophie, et l'on comprend que Heidegger (et Gaudet après lui) insiste sur le fait que la pensée (comme l'existence) se maintient dans la durée, d'où la question du temps, puis celle de la liberté (et de l'action), enfin celle de l'éthique : s'il s'agit de persévérer dans l'être, selon quelles modalités ? Comment être un homme, être "humain" ?

Je le répète, le livre est passionnant, et les kantiens comme les post-kantiens seront heureux de trouver de nouvelles phrases pour commenter de nouvelle manière les idées somptueuses et presque abyssales de leur Maître-à-Penser. Pour ma part, qui ne suis kantien que méthodologiquement, je vois (mais à chacun sa lecture !), béante, la faille du kantisme et de tous les idéalismes (en somme, Kant c'est Platon qui aurait lu Descartes et Hume) : ne pas parvenir à se départir de la tradition de l'invisible, de l'idéal, du sacré, du numineux (d'où nouménal), bref en rester à la conception archaïque d'un autre monde qui détermine ce monde-ci. Vouloir trouver l'institution du penser dans le sujet, dans le moi, c'est très exactement (mais avec une phraséologie moderne), vouloir réutiliser l'idée d'âme, de souffle, d'esprit invisible qui "anime" (anima) les corps et permet de penser. C'est un idéalisme, malgré l'acceptation de l'empirisme épistémologique par Kant, qui ne peut tout de même pas nier que tout ce qui se trouve dans l'entendement (der Verstand) y est arrivé par les sens (die Sinnlichkeit).

Toujours est-il que le livre de Gaudet est éclairant et utile. Il pose de bonnes questions. Qu'est-ce que l'homme, demande-t-il, sinon "une existence en quête de soi-même" ? Et alors, "l'homme peut-il accéder à une vérité dans la pensée de soi et de l'Être ?" (p. 88). Une des dernières phrases du livre interroge encore : quel est le sens du sujet transcendantal, à la fois rationnel et sensible, spirituel et corporel, c'est-à-dire le sens de l'homme "comme être sensible raisonnable habitant du monde" (p. 94). Tout le mystère est là. Que signifie "du monde" ? L'homme est-il du monde parce qu'il y a été jeté, par je ne sais qui, venant de je ne sais où ? Ou est-il du monde parce qu'il en fait partie, comme les oiseaux, le ciel bleu et les nuages ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur le matérialisme

20 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Matérialisme, #Biographie

D'où vient mon matérialisme ? Et, au fond, le matérialisme, qu'est-ce que c'est ? Je dois remonter loin dans mes souvenirs, et me rappeler la cour de récréation de l'Athénée de Wavre, où j'ai fait une partie de mes études secondaires (la quatrième et la troisième années). J'avais quatorze ans, et comme tous les garçons de cet âge et de cette époque, j'étais fasciné par le communisme, qui avait pour principale vertu d'être mal vu par nos parents et nos professeurs. Je me suis mis alors à lire tout ce qui me tombait sous la main à ce sujet, et je découvris Marx et Engels, et ces deux expressions magiques : "matérialisme dialectique", "matérialisme historique". Je ne sais plus exactement quand, mais je suis tombé inévitablement sur la fameuse déclaration de Marx : "Ma méthode dialectique, non seulement diffère par la base de la méthode hégélienne, mais elle en est même l’exact opposé. Pour Hegel, le mouvement de la pensée, qu’il personnifie sous le nom de l’Idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n’est que la forme phénoménale de l’Idée.  Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l’homme". Cela ne pouvait qu'être la vérité vraie, et je fus communiste, marxiste et dialecticien (hégélien aussi, sans trop savoir ce que cela signifiait) pendant six mois. Je changeai d'athénée, et me retrouvai en classe de seconde (dite de poésie), à l'Athénée Royal d'Ixelles. Je continuais à m'intéresser aux idées de Marx et d'Engels, et je m'approvisionnais en livres sur le sujet dans une librairie aujourd'hui disparue dont j'ai oublié le nom et l'adresse (c'était peut-être à la place Saint-Jean, mais ma mémoire est défaillante). J'en sus bientôt un peu plus sur Hegel, et je me dis qu'il fallait aller plus loin que Marx (que je commençais à prendre pour ce qu'il fut, un dangereux idéaliste déguisé en matérialiste, et qui remplaçait l'intelligence de l'histoire par la compassion, dans la lignée du prophétisme juif). C'est-à-dire qu'il fallait en effet renverser l'idéalisme de Hegel, mais qu'il fallait même abandonner sa dialectique, qui était le coeur de son idéalisme. J'en vins ainsi à un matérialisme radical, anti-marxiste, anti-hégélien, conséquent et sans fioritures "culturelles". J'entamai mes études supérieures, j'appris la philosophie de manière moins chaotique, et je n'ai plus cessé de m'interroger sur la grande question : matérialisme, oui ou non ?

Tous mes travaux m'ont toujours ramené à un matérialisme "clair et distinct". Il me semble qu'en effet la lecture de l'Histoire (et en particulier de l'histoire des systèmes de pensée), que l'examen phénoménologique de la condition de l'Existence (humaine), que la réflexion débarrassée des pesanteurs des traditions ne peuvent conduire qu'à un monisme (j'ai, depuis, trouvé des soutiens chez Moritz Schlick, chez Sartre, dans la philosophie analytique américaine), c'est-à-dire à une profonde unité ontologique du Réel. Le réel est matériel, c'est-à-dire sensible, corporel, de même nature que mon corps dont je puis expérimenter les douleurs et les plaisirs. Le monde des Idées de Platon, la dialectique de Hegel, le noumène de Kant, l'Être de Heidegger (ici, c'est moins clair) ne sont que des répétitions raffinées des idées les plus primitives d'un "au-delà" que l'on trouve chez les sauvages et les hommes préhistoriques : chamanisme, animisme, superstitions diverses qui conduiront aux religions et aux idéologies spiritualistes - avec ces derniers avatars ridicules de l'idéalisme que sont l'astrologie, la voyance, le spiritisme, la chiromancie, que l'on pratique dans des sociétés humaines que l'on prétend "avancées".

Seule existe la matière. Tout le reste - esprits, âmes, anges, dieux, valeurs, morales, éthiques - ne sont que des songes ou des mensonges.

Certes, je laisse la place au doute, et je continue à chercher. Un jour peut-être, je me trouverai sur le chemin de Damas, ou face à un buisson qui brûle sans se consommer. Mais en attendant une théophanie que je pense improbable, je crois en la matière, parce que j'en souffre, et je ne crois en rien d'autre. Je peux le dire plus savamment, et expliquer que mon épistémologie (éditologie) m'a conduit à admettre que la méthode scientifique est fondée par ses résultats (comme Socrate avait prouvé le mouvement en marchant), et que la science ne connaît qu'un univers partout semblable à lui-même, ce qui implique une ontologie moniste.

Je ne suis qu'un futur cadavre, et l'Humanité n'est qu'un immense charnier, fait de chairs décomposées ou qui se décomposeront.

J'entends déjà les clameurs scandalisées des idéalistes et des superstitieux. Et le sourire de l'enfant ? Et la beauté des crépuscules ? Et Beethoven ? Ah oui, Beethoven... Lui, peut-être, avec Vivaldi et Bach et Rachmaninov et Jolivet, et avec Lavoisier, et avec Einstein, et avec Galilée. Ah oui, mon matérialisme ne m'empêche pas d'admirer. Mais rarement, parmi les hommes.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur le Brésil

20 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Civilisation, #Brésil

Hier, avec Marianne, à l'Espace Culturel ING (Bruxelles), au vernissage de presse de l'exposition "Terra Brasilis", elle représentant le Bulletin des Amis de la Nature, moi la Revue Générale. Dans le cadre d'Europalia, il s'agit de montrer au public belge une synthèse de l'histoire du Brésil. Remarquable ! Et même, tant par la qualité des objets exposés que par l'art muséographique mis en oeuvre, presque exceptionnel de réussite à la fois documentaire, didactique, esthétique et, comme le diront certains, "humaine" ! C'est que les organisateurs ont fait les bons choix, et ont su mettre en scène dans un décor sobre des collections du plus haut intérêt. Décor au service du public, assurant une bonne visibilité des matériels présentés, et pas au service d'une esthétique prétentieuse et tapageuse... Autant je fus déçu par l'exposition au Palais du Cinquantenaire sur les Indiens du Brésil, autant je fus émerveillé par le talent muséal déployé et par le pittoresque et la puissance évocatrice des objets en vitrine. Ce beau résultat est vraisemblablement dû à une certaine connivence entre Patricia De Peuter (directeur à la banque ING) et Eddy Stols, historien spécialiste du Brésil, professeur à l'Université Catholique flamande de Louvain, les deux chevilles ouvrières de l'exposition. C'est du moins ce que j'ai perçu lors de la conférence de presse, où les deux "commissaires" ont communiqué à un public de journalistes toute leur passion et leur bonheur d'avoir pu rassembler tant de tableaux, tant de belles pièces en argent, et surtout tant de spécimens zoologiques et botaniques. Ajoutons que le catalogue de l'exposition - un fort volume de 280 pages - mérite toutes les louanges. Lors de son speech, le professeur Stols a expliqué qu'il est plus difficile de construire une exposition que de faire un livre. J'ajouterais, puisqu'il s'adressait à des journalistes, qu'il est plus difficile de publier un livre que d'écrire un article dans un journal, ou dans un blog.

Mais après l'émerveillement de la visite, vient le moment de la réflexion. Ce qu'il faut retenir, ce qui s'impose à l'esprit face à ces témoignages historiques, après avoir vu ces nombreux gros ouvrages (splendidement illustrés, Marianne était admirative, elle qui fut dessinatrice scientifique au Jardin Botanique National de Belgique) de sciences naturelles décrivant minutieusement la biodiversité brésilienne, c'est qu'un sous-continent qui n'était peuplé, en 1500, que d'autochtones vivant à l'Âge de la Pierre, pratiquant l'anthropophagie et n'ayant d'autres savoirs que la magie des primitifs, est devenu aujourd'hui une des grandes puissances du monde. Ce sont des Européens - pas uniquement des Portugais - qui ont accompli cette oeuvre immense de civilisation et de valorisation d'un territoire recouvert de forêts presque impénétrables et de savanes improductives. Des Européens ont introduit des cultures importantes (la canne à sucre, le caféier...) et ont industrialisé le pays. Le contraste est saisissant entre l'état naturel, misérable, des Indiens en 1500, et les efforts civilisationnels successifs des Portugais, des Hollandais, des Français...

Et l'on peut continuer à réfléchir... Pourquoi l'Amérique du Nord fut-elle industrialisée dès le milieu du XIXe siècle, et devint-elle une grande puissance dès le début du XXe siècle, alors qu'il faudra attendre la fin du XXe siècle pour que l'on puisse compter le Brésil parmi les grandes puissances ? La superficie du Brésil et celle des USA sont presque égales, et les deux territoires avaient donc, à l'arrivée des Européens, grosso modo les mêmes ressources... Et allons plus loin encore. Pourquoi le Brésil est-il maintenant une grande puissance montante, pourquoi l'Europe est-elle une grande puissance déclinante, et pourquoi l'Afrique n'est-elle que ce qu'elle est devenue depuis les indépendances ?

La civilisation, c'est-à-dire le processus qui mène des sauvages à un état de développement scientifique, technique et industriel, existe. Je l'ai rencontrée à l'Espace ING. Mais cela ne signifie pas que j'ai compris pourquoi certaines collectivités humaines réussissent leur développement, et pourquoi d'autres échouent... Le sens de l'Histoire peut être évoqué dans quelques vitrines. Mais ces vitrines ne suffisent pas pour l'expliquer.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur le travail

18 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie

Ceux qui croient que l'on peut améliorer l'activité économique avec des lois et des règlements devraient étudier l'histoire de l'URSS ou, plus simplement, se demander comment on fait du pain. Les règlements sont inutiles au boulanger. Il lui faut de l'eau, de la farine, du sel, de la chaleur et, en plus, il doit travailler ! Et ce n'est même pas encore suffisant. Pour que son activité soit "durable", il lui faut en outre des clients solvables et un Etat qui le protège contre les voleurs.

C'est ça, la "condition humaine" : même en travaillant plus, on n'est pas sûr de gagner plus...

Quant aux "indignés", qu'ils cessent de "penser" dans les clameurs des foules, emportés par des slogans stupides, et qu'ils utilisent calmement leur intelligence. Croiront-ils longtemps, après "mûre réflexion", que l'on améliore la situation des peuples à l'aide de manifestations hurlantes, à l'aide de destructions et d'incendies, en cassant du matériel, et en tuant des pompiers et des agents de police ? La France sera-t-elle plus riche avec quelques magasins saccagés, quelques bâtiments incendiés ?

Le bien-être social ne peut être atteint qu'en tenant compte des lois de la Physique, de la Chimie et de la Gestion. Chez ArcelorMittal comme chez tous les métallurgistes, on sait bien qu'il faut du fer et du carbone pour produire de l'acier (Chimie), et l'on sait que c'est aussi "incontournable" que la nécessité d'avoir des bas salaires pour résister à la concurrence (Gestion). Et les lois de la Physique, de la Chimie et de la Gestion nous apprennent même autre chose. Qu'il est impossible de réaliser le bien-être social de 7 milliards de gens. La pauvreté est aussi inéluctable que la mort. Mais, soyez-en sûr, vous trouverez des "experts" (surtout s'ils sont des candidats à l'une ou l'autre élection) qui vous affirmeront le contraire. Car on accède au pouvoir en développant l'espoir, le plus cyniquement du monde.

Réfléchissez donc par vous-même !

La Physique, la Chimie et la Gestion (on oublie souvent la gestion...) nous apprennent qu'il y a des limites à tout. Placez deux poissons de même espèce et de sexe différents dans un même aquarium, et attendez. Tout dépendra des dimensions de l'aquarium, mais un jour viendra où les poissons crèveront, soit de faim ayant épuisé la nourriture de leur eau, soit intoxiqués par leurs propres déchets. La Terre est un aquarium pour les hommes. Et personne ne viendra changer l'eau. La capacité maximale d'entretien d'une Humanité par la Terre avec ses ressources limitées doit être de l'ordre de 4 à 5 milliards d'individus. Au-delà, famines, migrations, émeutes, guerres, et auto-destruction dans l'hystérie et les cris d'indignation.

Cela ne vous plaît pas ? Désolé, je ne suis pas un marchand de bonheur.

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Le signe de l'humain

18 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Anthropologie, #Technique

Dans mon livre Le Signe de l'humain (L'Harmattan, Paris, 2005, 172 pages), je montrais que la Technique est le propre de l'homme. Voici comment je peux reprendre cette thèse, six ans plus tard.

L'existence même de l'homme (dans le sens de la perpétuation de son être) dépend de sa capacité de satisfaire ses besoins, de nourriture (alimentation), de défense contre les intempéries (vêtements, bâtiment) et contre les agresseurs (armes). Cette capacité est la Technique, que je distingue des moyens dont disposent les animaux par sa perfectibilité. Les araignées d'aujourd'hui tissent leur toile exactement comme leurs ancêtres d'il y a dix mille ans, alors que pendant ce laps de temps l'homme a inventé l'agriculture, l'épingle de nourrice et le moteur à réaction. La Technique peut évoluer, se transformant en Technologie, alors que les "techniques" animales sont immmuables. C'est ce que voulait dire Heidegger quand il désignait la Technique comme "instrumentale et anthropologique". On pourrait même dire que la Technique est anthropogène. Car n'inversons pas les rôles. C'est la Technique qui fait l'homme, qui génère son "humanité", ce n'est pas l'homme qui engendre la Technique (ce que montre notamment le caractère arriéré des techniques de nombreuses peuplades primitives).

Ainsi, la Technique est un autre nom de l'Être, de Ce-qui-détermine-les-choses, et l'homme en particulier. En elle se concentrent toutes les valeurs, l'Utile, l'Efficace, le Vrai, le Bien. Valeurs qui sont des déterminations (et des limitations) de l'Être, pas des aspirations des hommes (l'eschatologie est l'anti-technique). Car les hommes voudraient voyager dans le temps et visiter les étoiles, éliminer toutes les maladies, et que chaque individu ait la liberté, et du pain en suffisance. Mais la Technique nous apprend que c'est impossible, exactement comme la Géométrie nous a appris l'impossibilité de la quadrature du cercle, et comme la Physique nous a enseigné l'impossibilité du mouvement perpétuel. Toutes les manifestations d'indignés (c'est-à-dire de techniquement incultes) et toutes les bonnes gouvernances n'y changeront rien. La finitude de l'homme, c'est que la Technique, même transformée en Technologie, ne peut pas répondre à toutes ses espérances. L'Être n'est pas miséricordieux. Il est comme il est.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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